La BNS tire les leçons de l’affaire Philipp Hildebrand
La Banque nationale de Suisse entend bien tirer un trait sur le scandale qui a poussé son ancien dirigeant Philipp Hildebrand à la démission en janvier dernier, suite à la révélation de l’achat de plus de 500.000 dollars en août par son épouse, quelques semaines avant que la BNS ne fixe un taux plancher sur l’euro/franc suisse afin d’enrayer la hausse de sa devise.
Afin de protéger la crédibilité de l’institution, le Conseil de banque de la BNS a commandé un rapport d’audit à KPMG sur les transactions personnelles réalisées par les membres de sa direction générale ces dernières années. Dans le document publié hier, le cabinet d’audit estime qu'«aucun fait ne permet de conclure que des membres de la direction générale élargie (en place depuis la démission de Philipp Hildebrand, ndlr) auraient violé des règles ou des directives générales en vigueur durant la période sous revue, c’est-à-dire depuis début 2009.
KPMG s’est intéressé «de manière approfondie» à six transactions effectuées par Philipp Hildebrand et par deux autres membres de la direction générale, Jean-Pierre Danthine et Thomas Wiedmer.
Le Conseil de banque a particulièrement examiné les opérations de Jean-Pierre Danthine «étant donné que celles-ci ont eu lieu dans le contexte des interventions de la BNS sur le marché des changes». Une préoccupation qui montre que l'évolution du marché, en particulier l’action de la banque centrale sur les changes, pourrait remettre en question la pertinence du règlement actuel.
Le rapport montre aussi que les dirigeants ont pu interpréter avec une certaine souplesse les règles en place. Alors qu’il contraignait les dirigeants à conserver les titres acquis au moins six mois dans le cadre d’une gestion passive, Thomas Wiedmer a, en avril 2010, cédé des actions sans respecter ce délai. Il a «estimé que le délai minimal de détention ne s’appliquait pas en cas de moins-value», précise le rapport.
Dans ce contexte, le Conseil de banque est «convaincu» que «les dispositions doivent être plus restrictives et que le contrôle doit être renforcé». Une nouvelle version du règlement sur les opérations en nom propre réalisées par des dirigeants de la SNB, sera donc publiée prochainement. Parallèlement, le successeur de Philipp Hildebrand sera nommé en avril prochain.
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Paris - Pendant que le débat enfle sur l’opportunité de taxer les «superprofits» pétroliers liés à la guerre au Moyen-Orient, TotalEnergies prévient les politiques: en cas de taxes, il ne pourra «pas maintenir» son plafonnement du prix des carburants dans ses station-service françaises. Le PDG du groupe TotalEnergies Patrick Pouyanné, connu pour ses paroles directes, a fait cet avertissement mardi dans une interview donnée à Sud Ouest et à La République des Pyrénées. «En cas de surtaxe sur nos raffineries, qui sont par ailleurs souvent déficitaires, dans ce cas nous ne pourrons pas maintenir le plafonnement [des prix] dans nos stations en France», a indiqué le patron, accusé par la gauche de profiter de la guerre. «TotalEnergies ne va pas non plus s’excuser de performer et de réussir dans son domaine (...) Il n’y a aucune honte, cela signifie que l’entreprise fonctionne bien», a souligné le dirigeant. Les bénéfices exceptionnels réalisés par TotalEnergies grâce à la flambée du prix des hydrocarbures dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient ont relancé le débat politique sur l’opportunité d’une taxe spécifique, objet de propositions de loi à gauche, face à un gouvernement plutôt enclin à laisser le pétrolier «redistribuer» cet argent comme il l’entend. Le groupe a annoncé jeudi, au lendemain de ses résultats trimestriels, qu’il maintenait «le niveau des plafonnements en vigueur depuis le 8 avril (essence à 1,99 euro/L et gazole à 2,25 euros/L) (...) pour le mois de mai» dans ses 3.300 station-services, une initiative qu’il poursuivra «tant que la crise au Moyen-Orient durera». En place depuis février 2023, pour atténuer les prix élevés à la pompe en pleine crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, cette initiative leur avaient coûté «entre 400 et 500 millions de dollars» cette année-là. Mais le Premier ministre Sébastien Lecornu a aussi encouragé TotalEnergies à un plafonnement encore plus «généreux» des prix à la pompe», selon des déclarations rapportées par la Tribune Dimanche. «Est-ce qu’on demande à Total d’en faire plus? Oui», a déclaré mardi le Premier ministre Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement, tout en s’insurgeant contre «des mensonges et des contrevérités» qui circulent sur le groupe. «Total paye déjà des impôts», à hauteur de «2 milliards d’euros de prélèvements obligatoires» en France, a indiqué M. Lecornu, rappelant aussi que La France était le «seul» pays où TotalEnergies plafonnait ses prix. Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau avait quant à lui affirmé lundi que s’il fallait taxer les «surprofits» des groupes énergétiques, cette mesure devrait être ciblée et «temporaire». «Pas de pénurie» cet été TotalEnergies a annoncé le 29 avril de juteux bénéfices de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre (4,96 milliards d’euros), soit une hausse de 51% sur un an et un doublement par rapport au 4e trimestre 2025. En conséquence, le PDG a précisé qu’il était «fort probable» que son groupe soit éligible en 2026 à la surtaxe sur les grandes entreprises, en raison des marges exceptionnelles de son activité de raffinage depuis le début de la guerre. Cette contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, mise en place par le gouvernement en 2025 et reconduite pour l’année 2026, s’applique aux entreprises ayant un chiffre d’affaires d’au moins 1,5 milliard d’euros. Mais le groupe, qui empoche l’essentiel de ses bénéfices à l’international, n’y était pas soumis au titre de l’année 2025 car son activité de raffinage était déficitaire en France. Le PDG est aussi revenu sur ses propos très commentés de fin avril, y compris par Emmanuel Macron, sur une «ère de pénurie énergétique» si le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran durait encore «deux ou trois mois». «Je n’ai jamais parlé de pénurie en France parce que justement nous saurons l’approvisionner», a-t-il rectifié, interrogé sur une éventuelle crise d’approvisionnement estivale. «Il n’y aura pas de pénurie, mais cela aura un coût plus élevé», puisque «nous devrons acheminer des carburants en concurrence avec l’Asie vers la France, donc en payant plus cher», a-t-il tempéré. Selon le PDG, la consommation de carburants a reculé de 15% en France au mois d’avril. Nathalie ALONSO © Agence France-Presse -
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