La BCE ouvre la voie à une vente de ses titres grecs au FESF

Le gain pour Athènes serait limité. Mais le retrait de la banque centrale rendrait crédible la menace de clauses d’action collective
Alexandre Garabedian

Alors que la restructuration de la dette grecque est toujours en discussion, Mario Draghi a précisé le rôle qu’entend jouer la BCE dans le processus. Pas question pour la banque centrale de prendre des pertes sur les emprunts d’Etat grecs qu’elle a acquis dans le cadre de son programme d’achat de titres (le SMP). Un portefeuille évalué à 50 milliards d’euros de valeur nominale par les économistes. Mais le président de la BCE a ouvert la voie à une vente de ses titres au Fonds européen de stabilité financière (FESF).

«Le FESF est comme les gouvernements: en leur donnant de l’argent, vous monétisez les dettes, a indiqué jeudi Mario Draghi. Si la BCE vend ses obligations, cela dépend: si vous enregistrez une perte sur la vente, c’est de la monétisation de dette». La banque centrale, qui aurait acheté ses titres grecs autour de 80% du pair selon les estimations (90% selon BNP Paribas), pourrait donc les revendre à prix coûtant au FESF, qui les céderait à son tour à la Grèce. Elle renoncerait ainsi aux profits futurs qu’elle aurait encaissés grâce au remboursement des obligations à 100% du pair à maturité. Mais elle n’enregistrerait pas non plus de perte, dans le respect des traités européens, ce qui lui permettrait aussi d'échapper à une remise en cause du SMP, notamment en Allemagne.

Selon les économistes de RBS, «la BCE pourrait aussi être payée directement en cash par la Grèce à travers un programme de rachat financé par le FESF». Le résultat serait le même. Athènes enregistrerait une diminution de dette correspondant à l’écart entre le prix d’achat des titres et leur valeur nominale.

Si ce schéma reste à préciser, les observateurs s’accordent sur un point: «l’allègement de dette apporté à la Grèce serait limité, autour de 4,5 à 5 points de PIB», estime Gilles Möec, économiste de Deutsche Bank.

Mais en se débarrassant de ses titres, la banque centrale ouvre la voie à l’inclusion rétroactive de clauses d’action collective (CAC) dans les obligations grecques, à même de «forcer» une participation de 100% des créanciers privés à la restructuration. «La BCE détient les mêmes titres que les autres investisseurs, elle n’a pas un rang senior, et n’a pas de raison d’échapper aux CAC, indique Ioannis Sokos, stratégiste taux de BNP Paribas. Dans le scénario à l’étude, elle ne serait plus un créancier obligataire de la Grèce lorsque les clauses seraient activées».

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