La BCE innove en lançant son premier programme d’achat d’ABS
La Banque centrale européenne (BCE) a surpris de nombreux analystes et économistes hier en annonçant le lancement, dès octobre, d’un troisième programme d’achat d’obligations sécurisées (covered bonds) mais surtout d’un programme d’achat de titrisations (ABS).
En relançant le marché de la titrisation, qui tourne au ralenti en Europe depuis la crise, la BCE aiderait les banques à alléger leur bilan et donc à augmenter leur capacité à prêter. L’idée d’un tel programme (ABSPP) était étudiée de longue date par la BCE qui a recruté Blackrock pour la conseiller en août. Beaucoup estimaient toutefois que le lancement des achats nécessiterait encore des semaines, voire des mois, de travail technique.
Les modalités des achats d’actifs ne seront détaillées que le mois prochain et plusieurs observateurs attendent d’en savoir plus avant de se prononcer sur leur efficacité. Le président de la BCE, Mario Draghi, a toutefois indiqué qu’il ciblerait les actifs «simples et transparents», avec comme sous-jacents des prêts au secteur privé non financier de la zone euro. Les titrisations adossées à des prêts immobiliers seront concernées. Enfin, la BCE pourrait acheter des tranches seniors d’ABS existants et futurs mais aussi des tranches mezzanines si elles bénéficient de garanties. Ce dernier point est crucial aux yeux de la recherche crédit de RBS dans la mesure où cela «permettra aux banques de prêter plus sans augmenter leur bilan ou sans utiliser beaucoup de capital (le principal frein aux prêts bancaires)». Les analystes estiment le stock de titrisations potentiellement éligibles entre 847 et 875 milliards d’euros, sans compter les émissions nouvelles.
La relance du programme d’obligations sécurisées (CBPP3) n’était pas du tout anticipée par les analystes. Pour faciliter le financement des banques, la BCE avait déjà mené ce type d’opérations à deux reprises entre 2009 et 2012. Elle avait acheté en tout près de 76,5 milliards d’euros d’obligations sécurisées. La recherche de Crédit Agricole CIB se dit cependant «sceptique» sur l’efficacité de ce programme et doute de l’appétit des banques pour celui-ci.
Mario Draghi n’a pas précisé le montant potentiel de ces deux programmes mais a indiqué qu’il souhaitait porter la taille du bilan de la BCE (en incluant les prochaines TLTRO) vers ce qu’il était au début de l’année 2012. Il dépassait alors 3.000 milliards d’euros contre près de 2.000 milliards aujourd’hui.
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