La BCE est confrontée à un dilemme dans le dossier grec

La banque centrale pourrait absorber sans peine les pertes liées à son éventuelle participation à la restructuration de la dette grecque
Alexandre Garabedian

La BCE est sous pression. Alors que les discussions entre la Grèce et ses créanciers privés, réunis hier à Paris, patinent, le FMI, soucieux de défendre sa réputation de prêteur toujours remboursé à 100%, verrait d’un bon œil que la banque centrale prenne ses pertes sur ses obligations grecques. Dans le schéma actuel, les créanciers privés subiraient des décotes de près de 70%, tandis que les créanciers publics (BCE, Union européenne) seraient indemnes.

La banque centrale garde secret le montant des emprunts d’Etat grecs qu’elle a rachetés. UBS estime que ce portefeuille a une valeur nominale de 55 milliards d’euros, mais a été constitué à un prix de revient de 38,5 milliards. Une décote de 70% équivaudrait donc à 22 milliards de pertes pour la BCE. Impressionnant, mais pas dramatique. Car l’institution a d’autres sources de profits: les coupons perçus sur ses autres emprunts d’Etat, et les marges liées aux énormes liquidités qu’elle prête aux banques. Pour UBS, ces deux éléments lui rapporteront 12 milliards et 7,5 milliards respectivement, ramenant la perte à 2,25 milliards.

La BCE n’est par ailleurs pas soumise aux mêmes règles que les banques commerciales. Et outre ses 81 milliards de capital, elle présentait au 1er décembre un compte de réévaluation de 383 milliards d’euros, correspondant à ses plus-values latentes sur d’autres actifs, comme l’or.

Soutenable financièrement, une participation de l’institut d’émission soulèverait aussi des questions juridiques. Elle pourrait être considérée comme un transfert fiscal en faveur d’Athènes. Pour surmonter l’obstacle, les stratégistes de RBS suggèrent une voie médiane: «La BCE pourrait revendre ses obligations à la Grèce à leur prix de revient, ce qui permettrait d’alléger de 10 à 15 milliards la dette grecque».

Dans ce cas de figure, la banque centrale resterait cependant privilégiée par rapport aux créanciers privés. C’est là tout le dilemme. «Si la BCE ne participe pas à la restructuration, les obligations italiennes et espagnoles acquises à travers le programme d’achats d’actifs (SMP) auront un rang senior par rapport au marché, ce dernier étant de fait dégradé», note Stéphane Deo, économiste chez UBS. Un très mauvais signal envoyé aux investisseurs. Si elle prend les mêmes pertes que les créanciers privés, elle s’exposera aux critiques politiques, notamment en Allemagne, au risque de remettre en cause le SMP (programme de rachats).

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