La BCE encourage les opérations de portage des banques
Les conditions d’octroi des TLTRO paraissent assez souples pour qu’une partie de ces sommes continue à être recyclée en achats d’emprunts d’Etat
Publié le
Alexandre Garabedian
La BCE ne fera rien pour dissuader les banques d’acheter des titres d’Etat. Ses nouvelles injections de fonds à long terme (TLTRO), dont elle a précisé les modalités de fonctionnement le 3 juillet, pourront être recyclées sur les marchés par les établissements de crédit comme ces derniers l’entendent.
Les LTRO de fin 2011 et début 2012, accordées sans conditions et à bas coût, avaient été largement utilisées par les banques pour acheter des emprunts d’Etat rémunérateurs, notamment en Espagne et en Italie. Un moyen facile pour l’industrie bancaire de ces pays de redresser ses profits. Dans le même temps, la réduction des prêts à l’économie s’est poursuivie.
Avec ses «targeted» LTRO, la BCE subordonne désormais ses injections d’argent facile à la politique de prêt des banques. Après les deux TLTRO du 18 septembre et du 11 décembre 2014, basées sur le stock existant de crédit, six autres opérations trimestrielles s’étaleront entre mars 2015 et juin 2016. Les banques pourront alors y emprunter jusqu’à trois fois le montant net de leurs crédits au secteur privé (hors prêts au logement) comparé à un benchmark. Mais les modalités de calcul de ce seuil de référence apparaissent suffisamment souples pour que les opérations de portage se poursuivent.
En pratique, «les banques qui ont réduit leur portefeuille de prêts au secteur privé ces douze derniers mois pourront continuer à le faire au même rythme pendant encore un an, et après avril 2015 le benchmark sera remis à zéro, ce qui signifie qu’elles devront alors stabiliser les prêts nets», explique Alberto Gallo, stratégiste chez RBS. Le système permet aussi à plusieurs banques de se regrouper au guichet de la BCE: le seuil de référence mêlerait alors les portefeuilles des filiales allemandes et italiennes d’une même banque, par exemple. Enfin, la seule sanction prévue est qu’un établissement incapable de respecter son benchmark entre mai 2014 et avril 2016 devra rembourser l’intégralité des TLTRO en septembre 2016. Mais, à ce stade, la BCE n’a fixé aucune contrainte sur l’utilisation des surplus qui pourraient être empruntés aux opérations de 2015 et 2016.
Le système semble donc avoir été conçu d’abord pour assurer une forte demande lors des TLTRO. Mario Draghi l’a estimée à 1.000 milliards d’euros, avec 400 milliards maximum pour les deux opérations à venir 2014. De quoi permettre une poursuite du rétrécissement des spreads souverains en zone euro, notamment sur la partie courte de la courbe.
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