La bataille juridique continue pour la BCE
Le programme d’achats ciblés de dette souveraine (OMT) annoncé par la Banque centrale européenne (BCE) en 2012 fera de nouveau l’objet d’une audience à la Cour de justice de l’Union européenne ce mercredi (CJUE). L’avocat général dira si, à ses yeux, le programme est compatible avec les traités. Même si les juges ne doivent pas rendre leur arrêt avant plusieurs mois, l’audience sera d’autant plus surveillée que la BCE pourrait annoncer le lancement d’un programme d’assouplissement quantitatif (QE) dès la semaine suivante.
La Cour de justice a été saisie par la Cour constitutionnelle fédérale allemande qui s’était elle-même montrée très réservée sur l’OMT (Outright Monetary Transactions) dans une décision rendue en février dernier. Les parties prenantes ont pu de nouveau exposer leurs arguments lors d’une audience devant la CJUE en octobre dernier. La présentation des conclusions de l’avocat général de la CJUE, Cruz Villalón, ce mercredi constitue l’avant-dernière étape de la procédure. L’arrêt de la Cour sera probablement rendu dans le courant du premier semestre. Les conclusions de l’avocat général ne sont pas contraignantes mais elles sont suivies, dans près de 70% des cas par les juges.
L’avocat général devra déterminer si, comme l’arguent les plaignants emmenés par l’homme politique allemand, Peter Gauweiler (CSU), l’OMT permet à la BCE d’aller très au-delà de son mandat. Il devra notamment établir si l’OMT permet à l’institution de mener une véritable politique économique, en lui permettant d’acheter des obligations souveraines de certains Etats membres seulement et/ou en liant son action à des programmes d’assistance de politique économique des fonds de secours européens (FESF et MES). La CJUE devra aussi établir si l’OMT, qui n’a jamais été utilisé à ce jour, revient pour la BCE, à faire du financement monétaire, en violation de son mandat.
«L’arrêt de la CJUE pourrait avoir des implications sur la façon dont un programme d’assouplissement quantitatif (QE) pourrait être mis en œuvre», écrivent les économistes de BNP Paribas CIB. Les marchés s’attendent à ce que la BCE annonce un programme d’assouplissement quantitatif dès le 22 janvier. Selon Bloomberg, des responsables de la BCE ont étudié la semaine dernière des plans d’achats de dette souveraine, prévoyant d’acheter jusqu’à 500 milliards d’euros de titres.
Si les économistes de BNP Paribas CIB jugent hautement improbable que la CJUE considère l’OMT comme incompatible avec les traités, ils estiment que la Cour européenne pourrait entendre certaines des objections de la Cour constitutionnelle allemande. Par exemple en fixant un plafond aux achats d’actifs dans le cadre de l’OMT ou en exigeant que la BCE soit forcément considérée comme un créancier senior.
«A nos yeux, la BCE devra soigneusement concevoir le QE souverain pour se frayer un chemin entre les inquiétudes juridiques vis-à-vis des traités européens et aussi de la Constitution allemande», estiment les économistes de Morgan Stanley. A leurs yeux, «une des questions essentielles dans ce contexte sera celle du partage des risques financiers potentiellement associés avec des achats de grande ampleur de titres souverains».
Plus d'articles du même thème
-
Les acteurs crypto veulent séduire les banques
La Paris Blockchain Week a réuni plus de 10.000 participants au Carrousel du Louvre selon les organisateurs. 200 acteurs bancaires étaient présents, preuve de l'intérêt croissant qu'ils portent au secteur. -
Le nouveau patron d'Alstom révise les ambitions à moyen terme du groupe
L'équipementier ferroviaire, dirigé depuis avril par Martin Sion, n'atteindra pas ses objectifs de marge d'exploitation ajustée et de cash-flows cumulés à l'horizon de l'exercice 2026/2027. La faute à certains grands projets. -
Les flux de capitaux vers les pays émergents ont été multipliés par huit en vingt ans
Les pays émergents attirent davantage de capitaux de la part d’investisseurs non bancaires, ce qui leur procure une certaine abondance de financements. Cela revêt aussi des inconvénients, comme la hausse de la volatilité. -
CATL souhaite acquérir une meilleure maîtrise de sa chaîne de valeur
Le fabricant chinois de batteries électriques va créer une filiale qui englobera la recherche de ressources minérales, le traitement des minerais et la commercialisation de produits chimiques. -
Les actionnaires de Banco BPM optent pour la continuité
Le directeur général Giuseppe Castagna et le président Massimo Tononi ont été reconduits à la tête du troisième groupe bancaire italien. Le Crédit Agricole a augmenté sa participation dans Banco BPM à 22,8%. -
Qu’est-ce qu’un choc pétrolier ?
L’économiste James Hamilton a proposé en 1996 le Net Oil Price Increase (NOPI), indicateur asymétrique qui ne retient que les hausses du prix du pétrole dépassant le maximum observé sur les trois années précédentes.
ETF à la Une
Morgan Stanley entre dans la danse des ETF bitcoin
- Crédit Mutuel AM discute avec Aladdin de BlackRock pour sa plateforme d'investissement
- Comgest fait face à une forte décollecte au premier trimestre 2026
- Qui sont les plus grands gérants d'actifs du monde en 2026 ?
- Arkéa AM se rapproche de son objectif d’encours à 2030
- Morgan Stanley entre dans la danse des ETF bitcoin
Contenu de nos partenaires
-
Loi Yadan : le RN sur une ligne de crête
D’un côté, une loi jugée inutile et liberticide. De l’autre, un vote favorable envisagé au nom du symbole de la lutte contre l’antisémitisme. Face aux contradictions, le RN mise sur l’ambiguïté -
Bataille navaleGuerre au Moyen-Orient : Paris et Londres voient large pour sécuriser le détroit d’Ormuz
Les dirigeants français et britannique président ensemble, à l’Elysée, un sommet en faveur du rétablissement de libre circulation maritime dans le golfe Persique -
En Israël, le non-débat autour de la loi Yadan
La critique du sionisme ne relève pas d'une infraction pénale en Israël