La Banque populaire de Chine fixe le calendrier de la libéralisation financière
Pékin est contraint d’accélérer le rythme de ses réformes. «Si nous attendons que les conditions de libéralisation des taux d’intérêt et des changes ainsi que l’internationalisation du yuan arrivent à maturité, nous pourrions ne jamais trouver le moment idéal pour ouvrir les flux de capitaux», a indiqué la Banque populaire de Chine (PBOC) dans un rapport publié vendredi qui établit un plan de libéralisation en la matière. En forme de message au gouvernement, elle précise que «le temps est venu de le faire, les faibles valorisations sur les marchés étrangers offrant une opportunité d’investissement rare pour les sociétés chinoises».
Dans cette optique, la PBOC se donne trois ans pour assouplir le contrôle des investissements directs étrangers et pour encourager les investissements des entreprises chinoises à l’étranger. Et cinq ans pour déréguler la distribution de crédit commercial avec un yuan passant en régime de change flottant. «Dans 5 à 10 ans, le pays pourrait progressivement ouvrir les opérations de trading sur les marchés immobiliers, des actions et des obligations aux investisseurs étrangers», ajoute la banque centrale.
Murtaza Syed, le représentant du FMI à Pékin, avait mis en garde mercredi les autorités du pays : «Vous devez vraiment être certains que le système financier est capable d’absorber ces types de flux sans créer de bulles ou une flambée du crédit». Or, le temps où les banques chinoises sous tutelle de l’Etat central finançaient les sociétés à des taux artificiellement faibles est révolu, avec l’apparition de tensions sur le marché interbancaire. A Hong Kong, le taux monétaire à un an est passé de 0,59% début 2011 à 2,8%. Une flambée qui «reflète des anticipations d’un ralentissement de l’appréciation du yuan cette année, une hausse de l’offre due à la dépendance aux financements des filiales de banques chinoises à l’étranger, et à la concurrence d’autres émetteurs opportunistes», estime Becky Liu, stratégiste chez HSBC.
Afin de satisfaire l’appétit grandissant des épargnants, les banques ont ainsi fait fleurir la distribution de «produits de gestion de fortune», qui pèsent 5.000 milliards de yuans, soit 14,2% des dépôts. Or, après un pic de 2,5% mi-2009, le rythme annuel de croissance des dépôts est passé en territoire négatif. Une tendance qui traduit plus une volatilité qu’une fuite des dépôts, selon l’institut de recherche indépendant GaveKal. «L’incertitude concernant la stabilité des dépôts se traduit par des détentions croissantes de capitaux par les banques, ce qui se solde par une détérioration des profits bancaires». Leurs marges nettes pourraient également souffrir, le coût de financement augmentant plus rapidement que le rendement des actifs. L’enjeu est de taille. Nicholas Lardy, économiste à l’Institut pour l’Economie Internationale, estime que la libéralisation des taux de dépôt pourrait permettre d’augmenter la part de la consommation dans le PIB chinois de 5 points.
Encouragé par Pékin, les établissements bancaires chinois ont émis des certificats de dépôt en 2011 afin de reconstituer leur base de dépôts en yuans sur le marché hongkongais. Deutsche Bank estime ainsi que ces émissions ont atteint 101 milliards de yuans, soit un tiers de la totalité des émissions obligataires libellées en yuans réalisées à Hong Kong. La hausse des taux augmente ainsi mécaniquement le coût de refinancement de la dette qui arrive à échéance. En début de mois, China Development Bank a placé 500 millions de yuans d’obligations à un an à 2,9%, contre 1,1% concédé par ICBC sur le même produit en février 2011. HSBC estime que ce sont 65 milliards de yuans (7,7 milliards d’euros) de certificats de dépôt qui arrivent à maturité dans les dix prochains mois.
Pour faire face aux tensions sur le marché monétaire, la PBOC a réduit pour la deuxième fois son ratio de réserves obligatoires de 50 pb à 20,5%, injectant 400 milliards de yuans dans le système financier. Certes, cette mesure, effective depuis vendredi, a commencé à porter ses effets. Le taux de refinancement à 7 jours a ainsi baissé de 150 pb depuis l’annonce de la PBOC à 5,5%. Il avait néanmoins progressé de 337 pb avant l’annonce et reste historiquement élevé, indiquant que d’autres baisses sont nécessaires pour un retour à la normale. «Le moment et le nombre d’éventuelles futures baisses du ratio des réserves obligatoires dépendra des conditions de liquidités, et notamment du montant des afflux nets de capitaux étrangers», estime UBS.
Parallèlement, la banque centrale a suspendu jeudi pour la deuxième semaine consécutive ses opérations d’«open market» et a offert aux banques une opération de «reverse repo» à 14 jours. Des opérations visant à desserrer l’étau qui étreint les liquidités bancaires.
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