La banque nationale suisse maintient son cap

Malgré la démission de son président Philipp Hildebrand, la BNS continuera à plafonner le franc
Solenn Poullennec
Philipp Hildebrand, ex-président de la BNS. Photo: Gianluca Colla/Bloomberg
Philipp Hildebrand, ex-président de la BNS. Photo: Gianluca Colla/Bloomberg  - 

Alors qu’elle a pris en septembre des mesures exceptionnelles pour endiguer l’appréciation du franc, la Banque nationale suisse (BNS) a perdu son patron. Philipp Hildebrand, qui affirmait encore jeudi dernier, qu’il ne démissionnerait pas, a jeté l’éponge hier. Il assure toujours qu’il n’était pas au courant des transactions en devises effectuées par sa femme peu avant la fixation de la parité euro/franc mais dit ne pas vouloir entacher la crédibilité de son institution. Hier, celle-ci ne semblait pas remise en cause par les marchés.

La BNS a aussitôt déploré «la perte d’un banquier central de grande valeur» et annoncé que sa fonction serait assurée par l’actuel vice-président de la direction générale, Thomas Jordan, «jusqu’à nouvel avis». «J’en arrive à la conclusion que je ne suis pas à même d’apporter la preuve irréfutable que ma femme a transmis à mon insu l’ordre concernant l’opération du 15 août. Je vous donne toutefois ma parole d’honneur que c’est pourtant le cas», a déclaré plus tôt celui qui était le président de la direction générale de la BNS depuis janvier 2010.

C’est en effet le 15 août que la femme de Philipp Hildebrand, Kashya, a vendu 400.000 francs suisses pour acheter des dollars. Cette transaction, effectuée près de trois semaines avant que la banque centrale annonce le plancher de 1,20 franc pour un euro, a été révélée par l’intermédiaire d’un employé de la banque Sarasin et médiatisée par la tête de file de l’Union démocratique du centre (UDC), Christoph Blocher.

Fin décembre pourtant, la BNS avait estimé, à l’issue d’un audit mené par le cabinet PwC (l’organe de révision de la BNS), et par des membres du Contrôle fédéral des finances (l’organe suprême de surveillance financière de la Confédération), «qu’aucune transaction illicite n’avait été opérée, ni qu’aucune exploitation impropre d’informations privilégiées n’avait été constatée». Au regard du règlement de l’institution, du moins.

Hier, Philipp Hildebrand a cependant de nouveau reconnu que «des erreurs ont été commises dans le cadre de ces transactions. Elles auront néanmoins eu l’avantage de permettre à la Banque nationale d’identifier les lacunes de sa réglementation interne». Samedi dernier, la BNS a en effet pris acte de la cacophonie en annonçant un réexamen de ses règles concernant les opérations financières effectuées par les membres de sa direction générale élargie.

Une façon de consolider la crédibilité de l’institution, mise à mal. Regrettant le départ de Philipp Hildebrand, la direction générale a réaffirmé que «la politique monétaire actuelle de la Banque nationale, centrée sur le cours plancher de 1,20 franc pour un euro, reste inchangée» et «sera poursuivie avec toute la détermination requise».

Hier les analystes lui accordaient du crédit. «L’affaiblissement de l’économie suisse et les risques croissants de déflation devraient pousser la banque à défendre la parité de 1,20 franc pour un euro», estimait dans une note l’analyste de Citi, Valentin Marinov. «Les conditions monétaires devraient rester accommodantes et nous croyons toujours que le plancher euro/franc suisse est là pour rester, avec ou sans Philipp Hildebrand», soulignait l’analyste d’ING, Julien Manceaux. Hier, d’ailleurs, le franc n’a gagné que 0,17% face à l’euro, à 1,212 franc suisse.

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