La Banque d’Angleterre sur la voie du statu quo monétaire aujourd’hui
L’inflation devrait l’emporter sur les signes de ralentissement économique lors de la réunion de son comité de politique monétaire
Publié le
Yves-Marc Le Reour
La Banque d’Angleterre reste prise entre le marteau et l’enclume. Selon 59 des 60 économistes interrogés par Bloomberg, les 9 membres du comité de politique monétaire (MPC) de l’institut d’émission britannique devraient néanmoins s’accorder pour laisser le taux directeur inchangé à 5,25 % aujourd’hui, après 2 baisses d’un quart de point chacune au cours des trois derniers mois. Comme le souligne Michael Saunders chez Citigroup à Londres, les membres du MPC «vont serrer les dents en s’apprêtant à faire passer un dur moment à l’économie pour juguler l’inflation». Les prix à la production ont en effet atteint en février un plus haut depuis 1999, selon les données du CIPS (institut britannique des directeurs d’achat), les industriels continuant à répercuter sur leurs prix de vente la hausse du cours des matières premières. Selon certains économistes, les prix à la consommation pourraient ainsi dépasser les 3% durant l’été, obligeant ainsi le gouverneur Mervin King à envoyer une lettre ouverte au chancelier de l’Echiquier.
La hausse perceptible du coût de la vie a largement contribué à la baisse continue de l’indice synthétique de confiance du consommateur britannique, tombé entre janvier et février de 81 à 78 points, son plus bas niveau depuis mai 2004, selon l’enquête de la Nationwide Building Society. La propension à consommer a baissé de 4 points à 64, tandis que l’indice d’opinion des ménages sur leur situation actuelle a perdu 7 points à 76. Le recul persistant des prix de l’immobilier et un début de dégradation du marché de l’emploi ne devraient pas être favorables à une croissance économique «limitée à 1,7% cette année après 3,1% en 2007», selon Michael Saunders. La situation semble d’autant plus difficile à gérer que contrairement aux attentes, l’indice CIPS/NTC des services (hors distribution) a atteint en février un plus haut de 5 mois à 54 points contre 52,5 en janvier, celui des prix facturés établissant un record depuis que la statistique est compilée en 1996.
Ce contexte délicat «devrait aboutir dans les prochains mois à des désaccords croissants au sein du MPC sur l’opportunité d’une baisse des taux, les décisions prises étant moins consensuelles», selon Neville Hill, économiste au Credit Suisse à Londres et ancien fonctionnaire du Trésor britannique. Le taux d’intervention à fin 2008 devrait s’établir à 4,5%, selon l’estimation médiane des économistes.
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