La banque centrale indienne est prête à sacrifier la croissance pour faire refluer l’inflation
La lutte contre l’inflation redevient la priorité de la banque centrale indienne (RBI). Contrairement à la crise de 2008, «il n’y a aujourd’hui aucune marge de manœuvre pour une quelconque réponse fiscale ou monétaire», a clairement indiqué lundi soir son gouverneur, Duvvuri Subbarao. Et d’expliquer que «l’inflation est élevée, les prix du pétrole sont à des niveaux élevés, et le secteur externe est sous pression».
Si les chiffres publiés mardi ont mis en exergue un ralentissement de l’inflation des prix de gros à 6,87% au mois de juillet après 7,25% en juin, l’accélération de la hausse des prix dans le secteur manufacturier a tiré l’inflation sous-jacente à 5,44% après 4,9% en juin. Sans compter que les salaires ont progressé de 12% à 27% dans le pays sur l’année fiscale achevée fin mars, selon le CMIE, un organisme de statistiques gouvernemental. «Ces données ne peuvent pas être prises comme une preuve du ralentissement de l’inflation», estiment ainsi les analystes d’ICICI Bank.
Mais le pari de la RBI semble risqué alors que la croissance est tombée au premier trimestre à son plus bas niveau depuis neuf ans, à 5,3%. A sa dernière réunion fin juillet, la RBI avait décidé de laisser ses taux directeurs inchangés à 8%. «Des sacrifices sur la croissance sont inévitables et constituent un coût incontournable pour ramener l’inflation à la baisse», a même indiqué lundi Duvvuri Subbarao.
Sans compter que le déficit extérieur, publié mardi, s’est accentué à 15,5 milliards de dollars au mois de juillet, après 14,8 milliards en juin. Les exportations ont accusé une chute de 14,8% sur un an pour tomber à 22,4 milliards, alors que les importations ont également baissé mais à un rythme moins élevé de 7,6%, à 37,9 milliards. Et ceci malgré une chute de la roupie de 18% sur les douze derniers mois contre dollar, qui a en outre exacerbé les tensions inflationnistes.
L’approche de la banque centrale vise néanmoins à mettre la pression sur le nouveau ministre des Finances afin qu’il agisse tant en termes de consolidation fiscale que sur l’investissement direct étranger. La RBI a déjà, à de nombreuses reprises, alerté sur le fait que les dérapages fiscaux du gouvernement rajoutaient aux pressions inflationnistes. L’Etat prévoit des besoins de financement record de quelque 5.690 milliards de roupies pour combler le déficit de 5,1% du PIB attendu sur l’année fiscale débutée le 1er avril.
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