La baisse d’urgence des taux de la Fed en appelle d’autres
L’assouplissement de 75 points de base, un record depuis 1984, signale aussi un risque grandissant de récession
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Yves-Marc Le Réour
La Réserve Fédérale craint-elle désormais la récession ? La détente de ses taux directeurs de 75 points de base décidée hier, huit jours avant la prochaine réunion du comité de politique monétaire prévue les 29 et 30 janvier, peut en tout cas en accréditer l’idée. Avec un taux des Fed funds ramené à 3,50 % et celui d’escompte à 4 %, cette décision témoigne clairement de l’inquiétude de la Fed face à « aux risques accrus à la baisse sur la croissance», selon les termes du communiqué. En l’absence d’un des dix membres du comité, cette décision a été prise à huit voix contre une, un seul membre, William Poole, arguant qu’il ne voyait pas « la nécessité d’agir avant la réunion prévue la semaine prochaine », se distinguant donc plus sur la forme que sur le fond. La Fed « s’attend à une modération de l’inflation au cours des prochains trimestres », se montrant davantage préoccupée par « une détérioration des marchés financiers et une poursuite du durcissement des conditions de crédit ». Elle considère en outre que le marché immobilier ralentit encore et que le marché du travail a tendance à se détériorer, laissant donc la porte ouverte à de nouveaux mouvements de baisse des taux.
Comme on le précise chez Natixis, « la réaction à court terme des marchés sera importante pour jauger la vitesse à laquelle la banque centrale interviendra. Pour l’instant, et compte tenu de son rôle majeur dans l’ajustement de l'économie américaine, on peut estimer que la Fed tirera les taux d’intérêt encore plus bas », la banque anticipant encore un point de baisse du taux des Fed funds. Reste à savoir si cela permettra d’éviter un épisode récessif que les marchés ont déjà intégré dans les cours « à 100 % aux Etats-Unis et à 84 % en Europe », selon les calculs des stratégistes de Lehman Brothers. Comme on le note chez M&G Investments, « il faut environ dix-huit mois pour que les effets d’une baisse de taux se diffusent à l’ensemble de l’économie ».
Pour l’heure, cette baisse massive des taux américains n’a pas empêché Wall Street, fermé lundi, de poursuivre son mouvement de baisse, mais elle a en revanche permis aux marchés d’actions européens de remonter sensiblement, l’indice Stoxx 600 gagnant 2,2 % en clôture. Compte-tenu de la phase baissière en cours du cycle économique, « la grande volatilité observée devrait encore prévaloir au cours des prochains mois », souligne t-on chez Schroders.
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