La baisse du yen s’amplifie face au dollar
L’arrivée au pouvoir de Shinzo Abe, adoubé hier Premier ministre du Japon par les députés 10 jours après la victoire du Parti libéral démocrate (PLD) aux législatives, a eu un effet immédiat sur le yen. En repli de 10% face au billet vert depuis septembre, la monnaie nippone est brièvement repassée sous la barre des 85 yens pour un dollar, une première depuis 2011 alors que Shinzo Abe a fait de la lutte contre la déflation l’un des enjeux économiques de son mandat. Les positions spéculatives vendeuses sur le yen sont quasiment à un sommet depuis 5 ans.
Cinq ans après sa démission fracassante liée à une série de scandales et à des problèmes de santé, le leader du PLD a promis de mener une politique d’assouplissement monétaire agressive, avec un objectif d’inflation de 2%, et d’enclencher une relance budgétaire d’ampleur afin de rompre avec 15 ans de déflation. Confronté à la concurrence chinoise, l’Archipel n’a pas le choix. Il doit mettre en œuvre une politique de yen faible sur la durée pour rendre ses exportations plus compétitives et tenter de résorber sa dette publique colossale, équivalente à environ 240% du PIB, soit deux fois plus que la Grèce. Pour y parvenir Shinzo Abe a prévenu qu’il n’hésiterait pas à mettre la Banque du Japon (BoJ) au pas, et il a menacé de réformer la loi garantissant l’indépendance de l’institution si elle refusait de suivre l’objectif de 2% d’inflation.
Le nouvel homme fort du Japon semble déjà avoir été en partie entendu. La semaine dernière, lors de sa dernière réunion de politique monétaire, la BoJ a décidé à l’unanimité d’augmenter le montant de son programme de rachat d’actifs pour atteindre 101.000 milliards de yen (environ 900 milliards d’euros), et opté pour le maintien de son taux directeur à 0,1%. Le compte-rendu de la BoJ révèle qu’un des membres du comité de politique monétaire a même plaidé pour des rachats d’actifs illimités jusqu’à ce qu’un objectif de 1% d’inflation soit atteint.
«La BoJ a aussi précisé que le nouveau mécanisme de prêts illimités aux banques à taux bas, pour une durée de 4 ans maximum, serait valide jusqu’en mars 2014», soulignent les analystes de Natixis. Tout en relevant que cette politique d’injections illimitées depuis plusieurs mois a déjà montré ses limites. De même, le relèvement de l’objectif d’inflation à 2% était attendu par les marchés. Après le rallye du dollar face au yen, le mouvement pourrait s’essouffler. «A moyen terme, nous continuons à croire que la Fed, plutôt que la BoJ, dirigera le dollar/yen», estiment les stratégistes change de BNP Paribas.
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