La baisse de l’euro teste la détermination de la Banque nationale de Suisse

La Banque nationale suisse serait intervenue en mai à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de francs pour défendre le cours pivot de 1,20
Patrick Aussannaire

La chute de l’euro met-elle en péril la stratégie de change établie par la Banque nationale suisse (BNS) ? La baisse rapide de la monnaie unique contre les grandes devises depuis mi-mai a contraint le président de la BNS, Thomas Jordan, à réitérer sa détermination à défendre le plafond à la hausse du franc. «Même dans les conditions les plus difficiles, nous continuerons à l’avenir à défendre ce cours plancher et axerons notre politique monétaire sur le maintien de ce plancher. J’insiste: même dans les conditions les plus adverses». Jusqu’à présent, la BNS a réussi à maintenir sa parité au-dessus du cours pivot de 1,20 franc pour un euro afin d'éviter la récession, voire la déflation.

Théoriquement, la BNS pourrait intervenir de manière illimitée, et ses réserves de changes ont stagné autour de 250 milliards de dollars. Néanmoins, les économistes estiment que la BNS est intervenue en mai à hauteur de 20 à 100 milliards de francs compte tenu de l’ampleur de la chute de l’euro. SG avance le chiffre de 45 milliards, alors que Credit Suisse estime qu’au-delà de 50 milliards, les marchés vont remettre en cause la capacité de la BNS à tenir le cours pivot à moyen terme. La publication aujourd’hui du bilan de la banque centrale permettra d’en savoir plus.

Les investisseurs ont d’ailleurs déjà commencé à se couvrir contre un éventuel franchissement du taux pivot face à un afflux de capitaux cherchant refuge en Suisse. En atteste le prix des options de vente sur l’euro / franc suisse qui est devenu bien plus cher que celui des options d’achat.

L’absence de tensions inflationnistes a permis d'éviter un téléscopage entre objectifs de change et monétaires. Mais si l’offre de monnaie reste stable à 9% et l’inflation à -1%, les prix immobiliers sont repartis à la hausse depuis quelques mois, en progression annuelle de 5% au premier trimestre, alimentant les risques de bulle immobilière.

Par ailleurs, GaveKal explique que «dans le cas où le rendement des obligations allemandes resterait en territoire négatif pour une période prolongée, la BNS serait face à un dilemme: prendre les pertes que les rachats d’obligations à rendements négatifs impliquent, et/ou prendre un risque de signature sur des pays tels que la France ou la Hollande». Si la pression devient trop forte, la BNS pourrait toutefois envisager d’autres outils tels que l’application d’une taxe sur les flux de capitaux, et/ou des taux d’intérêt négatifs.

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