Julius Baer est prêt à casser sa tirelire pour changer de dimension

Le rachat des activités non américaines de Merrill Lynch accroîtrait de 50% les actifs de la banque privée suisse, au bénéfice de l’Asie
Alexandre Garabedian

Julius Baer reste fidèle à sa logique. En officialisant hier son intérêt pour les activités de gestion de fortune de Merrill Lynch hors des Etats-Unis, la banque privée suisse a confirmé qu’elle met l’accent sur l’effet taille pour compenser la baisse de ses marges. Et elle cible en Europe des activités onshore, à l’heure où les coups de canif portés au secret bancaire pénalisent la gestion offshore en Suisse.

«A ce stade peu avancé des discussions, le résultat est entièrement ouvert», a indiqué hier le groupe. En vente depuis avril, la gestion de fortune non américaine de Merrill Lynch affiche 90 milliards de dollars d’encours (85 milliards de francs suisses). Credit Suisse ou Royal Bank of Canada seraient aussi sur les rangs.

«La transaction permettrait à Julius Baer d’accroître de près de 50% ses actifs sous gestion, aujourd’hui de 178 milliards de francs, et donc d’augmenter significativement l’échelle de l’activité», relevait hier Teresa Nielsen, analyste chez Vontobel. Elle ferait aussi passer de 15% à 25% la part de ses encours en Asie.

Ce changement de dimension justifierait un prix d’achat a priori élevé s’il se situe dans le haut de la fourchette de prix de 1,5 à 2 milliards de dollars qui circule. «Julius Baer a environ 1 milliard d’excédent de fonds propres et devrait donc lever du capital», poursuit Teresa Nielsen, qui s’interroge aussi sur la rentabilité des actifs rachetés et les risques d’exécution d’une telle opération. La clientèle de BoA Merrill est moins haut de gamme que celle de son acquéreur potentiel.

Julius Baer se dit régulièrement prêt à mener la consolidation d’un secteur confronté à la baisse de sa profitabilité. Les gérants de fortune paient un environnement de taux bas et les turbulences des marchés actions en Europe, qui limitent les performances et les commissions encaissées. Mi-mai, le groupe suisse a avoué que sa marge brute sur actifs était passée sous les 100 points de base. Il a lancé un programme de réduction de coûts passant par la suppression de 150 postes sur 3.500.

Si elle se concrétise, la transaction serait la plus grande du secteur depuis qu’ING a cédé en 2010 pour 1,9 milliard de dollars sa gestion privée en Asie et en Europe à OCBC et aussi, déjà, à Julius Baer. Ce dernier a aussi cherché en vain à racheter fin 2011 son compatriote Sarasin, repris pour un milliard de francs par le brésilien Safra.

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