Le gestionnaire d’actifs Invesco poursuit son offensive sur le segment des obligations bancaires avec le lancement d’un nouvel ETF dédié aux Additional Tier 1 (AT1) libellées en euros.
Baptisé Invesco EUR AT1 CoCo Bond UCITS ETF (EAT1), le produit vise en priorité le marché européen des AT1, un segment en forte croissance dont l’encours mondial est estimé à environ 330 milliards de dollars.
L’ETF affiche un ratio de frais totaux (TER) de 0,39 %, et est coté simultanément sur Euronext Milan, Deutsche Börse, SIX Swiss Exchange et la London Stock Exchange, offrant une large accessibilité aux investisseurs européens.
Contrairement à la stratégie AT1 à gestion active lancée récemment par BlackRock, Invesco a fait le choix d’une gestion passive. Le fonds s’appuie sur une réplication physique de l’indice iBoxx EUR Contingent Convertible Liquid Developed Market AT1, qui regroupe des obligations AT1 libellées en euros, notées B ou plus, avec un encours minimum de 500 millions d’euros par émission et un plafond de 8 % par émetteur.
Ce cadre vise à garantir liquidité et diversification, deux enjeux clés sur un marché historiquement perçu comme complexe et risqué.
Par ailleurs, Invesco n’en est pas à son coup d’essai sur ce segment. Le groupe gère déjà le plus important ETF obligataire AT1 d’Europe, l’Invesco AT1 Capital Bond UCITS ETF, qui affiche environ 1,7 milliard de dollars d’encours et se concentre sur les émissions libellées en dollars américains.
Un marché en voie de normalisation après le choc Credit Suisse
Depuis l’épisode du sauvetage de Crédit Suisse, le marché a progressivement retrouvé son équilibre. Les rendements sont restés attractifs et la prime de risque additionnelle exigée par les investisseurs est revenue vers des niveaux plus proches de la normale, à mesure que les banques ont renforcé leur communication et que les régulateurs ont clarifié leurs cadres d’intervention.
Dans ce contexte, le lancement de l’ETF EAT1 illustre une normalisation progressive du marché des AT1, désormais perçu comme un segment à part entière de l’univers obligataire, et non plus comme un simple produit opportuniste.
Ce marché a doublé de taille au cours des dix dernières années et, selon Invesco, la possibilité d’investir en euros permet aux investisseurs européens d’éviter le risque de change, tout en diversifiant leurs portefeuilles au-delà du dollar.
« La forte demande des investisseurs pour des rendements et une duration plus courte, dans un contexte de baisses de taux anticipées, a entraîné une vague d’émissions de dette bancaire », explique Pradeepa Kuppusubramanian, responsable de la recherche crédit chez Acuity Knowledge Partner. « Les investisseurs disposant d’importantes liquidités se sont massivement tournés vers les obligations AT1, offrant des rendements plus élevés dans un contexte de baisse des taux. »
Des interrogations réglementaires
Malgré la forte demande récente, un ralentissement des émissions d’AT1 est attendu. Si une suppression totale en Europe est jugée très improbable, l’Australie prévoit d’abandonner les AT1 d’ici 2032 au profit d’outils de gestion de crise plus simples.
« Hormis l’Australie, toutes les autres juridictions ont confirmé l’importance et la pertinence des AT1 dans la structure des fonds propres des banques », souligne François Lavier, responsable des stratégies de dette financière chez Lazard Asset Management. « Tous s’accordent à dire que les AT1 sont complexes au regard du bénéfice marginal qu’ils apportent, mais personne n’est disposé à les abandonner à court terme. »
Toutefois, à la fin de l’année dernière, la Banque centrale européenne (BCE) a ouvert un débat de fond sur l’avenir des obligations AT1, estimant que leur capacité d’absorption des pertes est incertaine, leur fonctionnement excessivement complexe, et leur position dans la hiérarchie du capital mal comprise par les investisseurs.
Ainsi, la BCE envisage plusieurs options, sans décision arrêtée à ce stade : renforcer les caractéristiques des AT1 pour les rapprocher davantage des actions, créer des instruments « améliorés », juridiquement plus robustes, ou supprimer progressivement ces titres au profit du capital CET1.
Selon le Comité de l’industrie bancaire allemande, un tel remplacement pourrait contraindre les banques de l’UE à lever jusqu’à 418 milliards d’euros de CET1 supplémentaires.
Cette réflexion s’inscrit dans une volonté plus large de simplifier un cadre prudentiel devenu très complexe, marqué par l’empilement de CET1, AT1, Tier 2 et de multiples coussins réglementaires. Pour la BCE, cette superposition nuit à la lisibilité et peut s’avérer contre-productive en cas de crise, d’où l’objectif de recentrer l’absorption des pertes sur des instruments plus clairs, principalement les actions.
Néanmoins, aucune de ces options ne serait rétroactive. Les obligations AT1 déjà émises ne seraient pas affectées, et toute évolution concernerait uniquement les nouvelles émissions à venir. À mesure que les AT1 existantes arriveraient à échéance, elles seraient remplacées par des instruments révisés ou par des actions.
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