Gérants et trésoriers d’entreprise tentent de s’adapter aux taux négatifs
La généralisation progressive des taux négatifs sur les marchés obligataires représente un défi pour les acteurs des marchés. Réunis à Paris la semaine dernière, des professionnels des marchés de la dette et du change assurent s’être adaptés tant bien que mal à cette nouvelle donne.
«Ce qui était exceptionnel est en train de devenir la norme», a prévenu Jean-François Robin, économiste senior chez Natixis. L’année 2014 a été marquée par le passage du taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne (BCE) en territoire négatif en juin. D’abord fixé à -0,10%, il est passé à -0,20% en septembre dernier alors que le taux de refinancement passait à 0,05%.
Le basculement des marchés dans l’univers des taux négatifs a été accéléré en janvier avec la présentation par la BCE d’un programme d’assouplissement quantitatif (QE) de 60 milliards d’euros par mois. L’Eonia est passé en dessous de zéro tout comme les titres allemands de maturité allant jusqu’à 5 ans. Alors que le QE devrait débuter en mars et durer jusqu’à la fin du mois de septembre 2016 au moins, «il faut s’habituer à ce que cela [les taux négatifs] dure», souligne Jean-François Robin.
«Heureusement, nous avons eu pas mal de temps pour nous adapter», assure Frédéric Pailloux, responsable de la trésorerie à la Société Générale. A ses yeux «les banques ont trouvé des alternatives». «On arrive à garder la tête hors de l’eau», estime Mikaël Pacot, responsable marché monétaire chez Axa Investment Managers. Si les gérants se tournent vers des maturités plus longues ou des notations plus basses pour tenter d’aller chercher du rendement, Mikaël Pacot estime que, compte tenu du risque, le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle : «il n’y a pas de solution miracle».
Dans ce contexte, les trésoriers d’entreprise essayent de saisir toutes les opportunités qui se présentent, a expliqué Cyril Merkel trader en salle des marchés chez Sanofi et représentant de l’AFTE. Ils peuvent choisir de ne pas rapatrier le cash en devises ou profiter de différentiels de taux d’intérêt par exemple entre l’Europe et le Japon. «On commence à voir des propositions de repo», ajoute-t-il. «Il y a certaines contreparties de premier plan qui ne veulent pas de notre cash», souligne-t-il cependant. A ses yeux, «cela va être de plus en plus dur» de trouver du rendement.
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