Fusions, l’Europe ne doit pas se tromper de combat
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Philippe Mudry
Alstom et Siemens ne fusionneront donc pas. Disons d’emblée que ce rapprochement n’a jamais soulevé l’enthousiasme à L’Agefi, dans la mesure où sa logique industrielle a semblé bien mineure par rapport à son opportunité politique, vue de Bercy et de l’Elysée, et actionnariale.
Dès le départ, le discours a d’ailleurs été biaisé, centré sur la fable d’un prétendu mariage entre égaux ; mais survenant après le désastre de la fusion Lafarge-Holcim, elle n’a pas tenu longtemps devant la réalité des rapports de force au sein de la future gouvernance et leur traduction concrète en termes de répartition géographique des activités les plus prometteuses.
La réalité de cette fusion était tout simplement une absorption d’Alstom par Siemens, son adversaire, pour ne pas dire son ennemi, de toujours, que ne justifiait aucunement le rapport de tailles entre eux.
L’évolution de leurs carnets de commandes respectifs depuis lors le démontre d’ailleurs amplement. Si la fusion doit être regrettée, c’est à Berlin, non à Paris où l’on déplore sans cesse la désindustrialisation.
Plus choquant : sa logique reposant, aux yeux de ses promoteurs, sur la menace que ferait peser la concurrence chinoise sur les deux mariés, ceux qui ne la voient pas si pressante sont catalogués technocrates ignorants des réalités industrielles.
C’est faire évidemment peu de cas du bilan de la DG4 en matière de concentrations, très solide et fort éloigné de la caricature qui en est faite. Les cas de blocages par Bruxelles sont rares et industriellement fondés, comme le montre le magnifique développement de Schneider et Legrand depuis leur mariage avorté.
C’est faire peu de cas encore de l’opposition résolue à la fusion de nombre de régulateurs nationaux de la concurrence en Europe, peu de cas enfin de la modeste part de marché de la concurrence chinoise sur le vieux continent.
L’argument des deux promis aurait été plus recevable s’ils n’avaient pas crié au loup du haut d’un carnet de commandes si épais qu’il rend l’imminence d’un quelconque péril chinois bien peu visible.
En acceptant la fusion, le voyageur européen risquait de devoir sans délai payer cher une parade supposée à un péril lointain. Le jeu n’en valait pas la chandelle.
La conséquence du veto bruxellois est que l’Europe disposera de deux champions et non d’un seul pour résister au péril chinois. Et ce n’est pas en changeant les règles de la concurrence, comme on y songe à tort à Paris et Berlin, qu’on le cantonnera sur le fond.
C’est en exigeant une réciprocité sans faille dans l’accès aux marchés chinois que l’Europe protègera les siens. Elle ne doit pas se tromper de combat : c’est par le droit des investissements et des appels d’offres et non des concentrations que passe la vraie réponse à la menace chinoise.
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