FED 175 – BCE 0

Philippe Mudry

Dans le match qui oppose la Réserve fédérale à la BCE, l’équipe américaine mène 175 à 0. Entendez que depuis que la crise s’est déclarée l’été dernier, la Fed a abaissé ses taux de 175 points de base, tandis que la BCE les a laissés inchangés. Que les développements différents de la crise des crédits et les décalages de cycles économiques des deux côtés de l’Atlantique aient justifié, dans un premier temps, des différences d’approche monétaire, est compréhensible. Mais que ces différences s’accusent au fil du temps, alors que les conséquences du resserrement général du crédit sont aussi claires des deux côtés de l’Atlantique est troublant. Pour la Fed, rien ne justifie d’attendre : la récession est aux portes, le système bancaire est fragilisé, l’inflation ne saurait être le sujet principal. La banque centrale américaine pratique comme jamais la politique du taux de chômage, au risque de sacrifier sa crédibilité sur le front de l’inflation. A l’inverse, la BCE s’en tient à son credo anti-inflationniste, par crainte des effets salariaux «de second tour», sans paraître se préoccuper outre-mesure des signaux conjoncturels préoccupants, à commencer par le credit crunch qui se dessine dans ses propres statistiques, notamment à l’égard des entreprises. Les banques centrales sont intervenues conjointement sur les marchés monétaires pour restaurer la confiance. Leur désaccord croissant en matière de politique monétaire ne va clairement pas dans ce sens.

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