Facebook met à mal le pouvoir des Etats et des banques centrales
Il y a des dizaines de cryptomonnaies… et puis il y a le libra, de Facebook. Le réseau social doit dévoiler ce mardi les grandes lignes de son projet de monnaie virtuelle ainsi qu’une longue liste de partenaires de haut vol, comme Iliad en France, qui soutiennent cette initiative. Ne nous y trompons pas : si Facebook parvient à installer son libra dès 2020 chez ses 2 milliards d’utilisateurs quotidiens, ce sont à terme toute l’industrie financière et l’ordre monétaire traditionnel qui se trouveraient bouleversés.
Sur le papier, le groupe américain compte en effet les atouts nécessaires pour bâtir un écosystème indépendant. Il dispose d’une masse critique de clients et d’un gisement inépuisable de données. Si ses fidèles se convertissent au libra, il lui serait facile, ensuite, de leur proposer des services de crédit et d’assurance, et de développer des outils de notation. Pour les banques et les assureurs, le choc serait rude. Le libra de Facebook remettrait aussi en cause la gestion de la masse monétaire par les banques centrales et le pouvoir régalien des Etats, qui repose notamment sur le privilège de battre la monnaie.
La cryptomonnaie Facebook devrait certes être adossée à un panier de grandes devises afin d’assurer sa stabilité et d’éviter les fluctuations du bitcoin. Mais sa gouvernance opaque, par le biais d’une fondation de droit suisse, légitime toutes les craintes, tout comme l’historique désastreux de Facebook en matière de protection des données personnelles. Une fois le groupe de Mark Zuckerberg sera devenu un émetteur monétaire et un acteur de poids dans le financement des économies, qui pourrait l’empêcher d’imposer ses choix aux Etats, ou de mettre sa puissance au service de régimes totalitaires ?
Les régulateurs et les banques centrales, qui surveillent aujourd’hui de près le développement des cryptomonnaies, ont bien senti la menace posée par ce type d’acteur. Aucun responsable politique d’envergure ne s’est en revanche ému, en France, d’un sujet pourtant structurant pour nos démocraties. Le temps presse, pourtant : 2020, c’est demain, et l’expérience a montré combien il est difficile d’imposer a posteriori à la big tech des règles de fonctionnement équitables.
Plus d'articles du même thème
-
Nathalie Delbreuve - Pour une finance sans soudure
La directrice financière de Vallourec depuis fin 2025 entend accompagner activement le groupe vers l’excellence opérationnelle. -
FP&A - Faire parler les chiffres de demain
Les experts FP&A, pour « planification et analyse financières », sont force de proposition pour aiguiller la stratégie d’entreprise. Un poste exigeant mais valorisant. -
Que faire quand le refinancement n’arrive pas ?
Timothée Gagnepain et Théophile Jomier, avocats associés, McDermott Will & Schulte -
Assurance d'entreprise, savoir identifier les leviers de négociation
Nicolas Demigneux, avocat associé, Stephenson Harwood,
Guérin Loisel, avocat, Stephenson Harwood et Alexandre Parey, manager commercial, Eyssautier-Verlingue -
Banques et entreprises, une histoire d'amour qui dure
Dans son rapport « Future of Finance 2026 » qui paraîtra en juin, le Boston Consulting Group dévoile ici en exclusivité ses premiers résultats sur l'avenir des banques avec, pour conséquence, de nouvelles relations avec les financiers d'entreprise. -
Reporting durable, le long chemin vers l’harmonisation
ESG - Entre multiplicité des normes et notion de double matérialité, les instances représentatives que sont la CSRD et l'ISSB cherchent à s'accorder.
ETF à la Une
VanEck émet un nouvel ETF pour miser sur l’économie spatiale
- Philippe Zaouati quitte Mirova
- State Street France lance un plan de départs après la perte de son principal client
- Jacques-Aurélien Marcireau quitte Edmond de Rothschild AM
- Bercy acte la fin du référencement des autres FIA en assurance-vie
- Le régulateur européen dévoile les contours d’un nouveau modèle de reporting pour les fonds
Contenu de nos partenaires
-
Première!2025, l’année où les conflits ont fait exploser les déplacements internes de population
Publié mardi, un rapport d'organismes internationaux dévoile que les guerres et violences ont augmenté les déplacements internes de populations de 60 % à l'échelle mondiale. Un recensement alarmant que les coupes budgétaires dans les structures humanitaires compliquent -
Sous pressionInflation américaine à 3,8 % : mauvais timing pour Donald Trump
Les prix à la consommation ont augmenté en avril à un niveau record depuis trois ans, alors que Donald Trump poursuit sa guerre en Iran et que son candidat Kevin Warsh se rapproche de la présidence de la Fed -
Cellule dormante2027 : sur les réseaux sociaux, l'autre campagne qui vient
Entre mise en scène personnelle, stratégies d’influence et mobilisation de communautés en ligne, Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella et Gabriel Attal redéfinissent les codes de la présidentielle