Dogmatisme de verbe, pragmatisme de fait
La Banque centrale européenne fait-elle preuve de dogmatisme ? On peut, en effet, se demander si les immuables déclarations des banquiers centraux, avertissant encore d’une possible hausse des taux alors que la tempête financière fait rage, ne révèlent pas une certaine raideur. Mais cette interprétation serait trop hâtive. La position actuelle de la BCE est à peu près la seule adaptée aux obstacles qui se lèvent : inflation importée et crise de confiance.
La poussée inflationniste des six derniers mois (+1,4 point !) est importée aux trois quarts (matières premières). Une banque centrale ne peut pas lutter directement contre ce fléau, elle ne peut que l’amortir via le taux de change. Ce sont donc les anticipations de taux d’intérêt qu’il faut piloter. Par ailleurs, un taux de change élevé peut prévenir un ralentissement violent de la croissance, au moment où l’économie européenne devient tributaire de ses seules forces domestiques. Le biais rhétorique haussier de la BCE est donc destiné à temporiser les anticipations de baisses de taux par les marchés, qui ne manquent pas de naître dans le contexte actuel.
Il est évident que la «réappréciation du risque financier» n’est plus aussi «saine» que ce qu’avait souhaité la BCE ; elle est totalement désordonnée. La crise de confiance est déclarée. De tous temps, les conjoncturistes l’ont considérée comme le plus gros grain de sable qui puisse tomber dans les rouages d’une économie de crédit. L’empressement d’une banque centrale, on l’a vu avec les baisses de taux précipitées de la Fed, peut soulever des questions d’asymétrie d’informations ; l’attentisme de la BCE, au contraire, avoir un effet apaisant.
La BCE ne cède donc pas au dogmatisme et, on le verra, elle adaptera sa position, d’abord verbalement, au plus tard en mars prochain lorsque la révision à la baisse de son scénario officiel de croissance lui en donnera l’occasion. Elle assouplira sa politique monétaire, une fois la vague inflationniste passée, peut-être dès le mois d’avril soit plus rapidement que ce que notre indicateur suggère : de quoi restaurer la confiance. Jean-Claude Trichet sera-t-il élu deux ans de suite personnalité de l’année par le FT ?
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