«Demander plus d’autorégulation est loin d'être suffisant»
L’Agefi : Vous appelez les participants de marché à un plus grand sens des responsabilités et leur recommandez de “prendre soin de leur marché”. Qu’entendez-vous par là ?
Antonio Giovannini : Les institutions financières fonctionnent à travers des procédures qui résultent elles-mêmes de règles internes et externes. Les codes de conduite sont un exemple de règles internes. La directive MIF, de règles externes. L’important est que ces règles ne soient pas que des contraintes formelles, mais qu’elles soient interprétées de façon substantielle. Prendre soin du marché, c’est ne pas uniquement tenir compte de ce qui se trouve sous la barre d’opération. Laissez-moi vous donner un exemple. Un marché fonctionne bien quand tous les participants sont pleinement conscients de ce qui s’y passe. Or il y a beaucoup de contreparties de marché (au sens général où l’entend la FSA) qui sont en réalité trop ignorantes des instruments financiers pour être traitées comme de véritables contreparties. Des règles internes qui prévoiraient que les traders vérifient eux-mêmes, de façon indépendante, si la contrepartie d’une opération est effectivement qualifiée pour être une contrepartie de marché, et, dans le cas où elle ne le serait pas, s’emploient à décrire les produits et les services proposés, de telles règles amélioreraient considérablement les choses.
Vous soulignez le manque d’information dont les autorités de contrôle ont souffert, et souffrent encore, particulièrement pour les marchés de gré à gré. Comment mieux les informer ? Et surtout pour quoi faire ?
D’abord, je ne pense pas que le manque d’information des autorités ne concerne que les marchés de gré à gré. Ensuite, par autorités, j’entends celles dont la responsabilité est de sauvegarder le fonctionnement du système financier, typiquement les banques centrales. Toutes les entités qui utilisent des effets de levier et sont actives dans la transformation de la liquidité devraient communiquer périodiquement aux banques centrales la nature et le volume de leurs opérations. Cette communication doit être confidentielle, d’entité à entité. Les banques centrales peuvent ensuite choisir de publier de l’information consolidée qui pourrait aider les participants à mieux comprendre les risques agrégés présents sur le marché.
Quel serait le moyen de réduire les conflits d’intérêts dans les banques qui agissent à la fois pour leur compte propre et pour celui de leurs clients ?
Les deux activités devraient être séparées de façon claire et fiable. Mais vous ne pouvez pas prescrire les choses dans le détail, car vous courrez alors le risque que la règle soit appliquée de façon formelle et non dans son principe.
La Commission européenne semble regretter un manque de leadership de la part de l’industrie pour proposer des mesures d’autorégulation. Partagez-vous cette impression ?
Demander plus d’autorégulation, c’est très bien, mais loin d’être suffisant. Les questions débattues actuellement ont une dimension d’intérêt public qui justifie l’intervention d’entités externes dépourvues de conflits d’intérêts. Je suis inquiet que les autorités en charge de la stabilité financière se soient montrées aussi timides.
Plus d'articles du même thème
-
La France est rappelée à l’ordre par l’Union européenne
Le paquet de printemps du Semestre européen 2026 met la France en face de réalités difficiles et formule des recommandations pour améliorer sa compétitivité et retrouver la maîtrise de ses finances publiques. -
L’Europe dégaine son plan de souveraineté technologique
La Commission européenne a présenté le 3 juin à Bruxelles un ensemble de mesures sur les secteurs des semi-conducteurs, du cloud et de l’intelligence artificielle. -
Le marché résidentiel devrait rester en berne jusqu’à la fin de l’année
La conjoncture économique fragilisée par le conflit au Moyen-Orient et l’inflation vont assener un coup de frein supplémentaire à un marché immobilier déjà sous tension. -
La Bourse de Jakarta chute à un plus bas de cinq ans
Le marché actions indonésien a accentué sa chute mercredi après des mauvaises statistiques économiques. Il affiche la pire performance boursière cette année, alors que le sentiment des investisseurs s’est dégradé ces derniers mois, notamment en raison de l’interventionnisme du président Prabowo Subianto. La devise est au plus bas. -
Google augmente de 5 milliards de dollars la taille de sa levée de fonds
Le géant américain a dévoilé les détails de ses multiples augmentations de capital qui pourraient approcher 90 milliards de dollars si les options de surallocation sont entièrement exercées. Trois banques françaises participent à l’opération. -
L’administration Trump formule des propositions pour rétablir ses barrières douanières
Le Bureau du représentant américain au Commerce (USTR) a présenté de nouveaux droits de douane d’au moins 10% liés au travail forcé pour remplacer les droits «réciproques» jugés illégaux par la Cour suprême le 20 février.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond en mai
- L’AMF s’apprête à clarifier les obligations des sociétés de gestion en matière de rémunération des distributeurs
- LBP AM et La Financière de l’Echiquier annoncent leur projet de fusion
- Sanso Longchamp AM gagne pour la première fois l'Alpha League Table
- Claire Bourgeois : «Les crises permettent de révéler le meilleur de chacun»
- La BCE s’inquiète du levier des hedge funds sur les marchés obligataires
Contenu de nos partenaires
-
« Le coût cumulé d'El Niño pourrait atteindre 84 000 milliards de dollars »
Le retour du phénomène météorologique El Niño cette année est de plus en plus probable selon l’Organisation météorologique mondiale. Son impact sur l’économie mondiale suscite aussi de vives inquiétudes. -
Vrai du fauxCadmium : alerte dans nos assiettes
Présent dans les engrais importés en France, ce métal lourd classé cancérogène a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois. Au risque de perdre pied dans cette vague d'informations -
Calme avant la tempêtePrésidentielle : les candidats face au mur budgétaire
La bombe budgétaire est sur le point d'exploser et les prétendants à l'Elysée évitent encore bien trop le sujet majeur qui va accaparer le début de mandat du futur président