Cibler l’inflation ou le prix des actifs reste le dilemme posé à la BCE
Certains s’émeuvent du caractère trop expansionniste de la politique monétaire. Ils l’estiment responsable d’une nouvelle bulle financière, les taux bas gonflant artificiellement le rendement des actifs. Selon leur calcul, un financement nominal à trois mois de l’ordre de 0,3% pour 1,6% d’inflation et 1,5% de croissance anticipées à deux ans porte la différence entre croissance et taux d’intérêt réels à près de 3%. Une aubaine ! Vu comme ça, évidemment, réclamer des hausses de taux pourrait avoir du sens. Mais un tel raisonnement n’est pas exempt de fausses notes.
D’abord la stabilisation des prix d’actifs, après une chute de 50% pendant la crise, vise à atténuer le risque de récession par les bilans. Les dépréciations (hors write-off) ont coûté jusqu’à 124 milliards d’euros aux banques européennes au premier trimestre 2009. Ensuite, les anticipations économiques sous-jacentes peuvent sembler optimistes. Il est très peu probable que la croissance du PIB soit significative l’année prochaine et un zéro devant la virgule ne serait aucunement une surprise. Le calcul ne fonctionne aussi que sur un financement de court terme, les taux réels de marché à deux ans ne sont déjà plus négatifs et les taux réels à 10 ans (près de 4%) n’ont jamais été aussi élevés depuis dix ans. La logique est donc plus spéculative qu’entrepreneuriale.
Enfin, le risque inflationniste n’a augmenté que par le pétrole. Les conditions monétaires se sont durcies avec l’appréciation de l’euro. Le chômage augmente toujours plus rapidement que son niveau naturel, ce qui exerce une pression à la baisse sur les salaires. Le multiplicateur de crédit reste très déprimé. Une nouvelle baisse des taux, de 1,0% à 0,5% selon notre indicateur, serait nécessaire dans cette optique.
Le débat révèle donc surtout une différence de perspectives : cibler le prix des actifs réclamerait une hausse des taux, cibler l’inflation une baisse. Une révision de la stratégie de la BCE est certes plus que nécessaire. Son processus a probablement été ajourné par la crise. Mais pour l’heure, son mandat reste focalisé sur l’inflation.
Plus d'articles du même thème
-
EDF se désengage des énergies renouvelables en Amérique du Nord
L’énergéticien français a conclu un accord avec KKR en vue de lui céder un portefeuille d’actifs d’une capacité nette totale de 5,6 gigawatts. -
Les cinq motifs d’inquiétude sur la bulle IA
Les valeurs technologiques ont connu une nouvelle semaine difficile, notamment les semi-conducteurs en Corée. Elles restent néanmoins à des niveaux élevés et beaucoup d’investisseurs misent toujours sur le secteur. Mais les défis s’accumulent. -
La guerre en Iran relance l’intérêt des obligations indexées sur l’inflation
Même si les obligations indexées sur l’inflation ont pu connaître des périodes décevantes, comme entre 2010 et 2019, des investisseurs les ont intégrées dans leur allocation structurelle. -
«Nous continuons de penser qu’une hausse des taux Fed est probable»
Thomas Brulat-Aulan, directeur de la gestion taux listed assets chez Sienna IM. -
«Nous sommes restés à l’écart des émissions des hyperscalers»
Alexandre Stoessel, responsable gestion obligataire chez Scor IP -
«La hausse des marchés est portée par la croissance des résultats»
Thibault Dorlet, CFA, Senior Multi-Asset Portfolio Manager chez Candriam.
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- Amundi dévoile sa stratégie pour devenir un géant d'Asie
- BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- Mubadala Capital veut s’offrir Pierre & Vacances sous conditions très strictes
- Generali Investments renforce ses forces commerciales en France
- Léa Dunand-Chatellet prend la direction générale de Mirova
Contenu de nos partenaires
-
La Fabrique de l'OpinionPrésidentielle : les villes moyennes au cœur du récit national
Brice Soccol : « Ce n’est plus seulement l’opposition entre villes, péri-urbanité et campagnes qui structure la géographie électorale française, mais la capacité des territoires à offrir des perspectives de mobilité sociale, d’emploi et de qualité de vie » -
L'été sera chaudLe pays brûle, les candidats regardent ailleurs
Malgré l'ampleur de l'épreuve vécue par la quasi-totalité du pays, les prétendants à l'Elysée n'ont effectué que des ajustements à la marge de leur campagne. Le débat n'a pas dépassé le stade de savoir s'il fallait climatiser le pays -
Vieux démonsAprès l'accord israélo-libanais, le spectre d'une occupation israélienne sans fin du Liban
Israël et le Liban ont signé un accord historique à Washington, mais son application dépend d'un improbable désarmement du Hezbollah