Bruxelles veut créer une nouvelle agence de lutte contre le blanchiment
Après le diagnostic, place aux solutions. Alors que la Cour des comptes européenne a, dans un récent rapport, épinglé les «faiblesses» de l’approche «trop fragmentée» et «mal coordonnée» de l’Union européenne (UE) dans la lutte contre le blanchiment de capitaux, la Commission européenne (CE) devrait présenter le 20 juillet un paquet de mesures visant à renforcer le cadre de surveillance européen. Au cœur du projet de Bruxelles : la mise sur pied, prévue pour 2023, d’une toute nouvelle agence européenne dédiée à la lutte contre le blanchiment (Anti-Money Laundering Authority ou AMLA), à laquelle seraient notamment transférées toutes les compétences actuelles de l’Autorité bancaire européenne (EBA) en la matière. Les différentes propositions législatives en préparation s’inscrivent dans le cadre du plan d’action dévoilé en mai 2020 par la CE.
Surveillance directe
Selon une version provisoire du projet de règlement prévoyant sa création, vue par L’Agefi, la nouvelle autorité serait chargée de la surveillance directe d’un «nombre limité d’entités obligées les plus risquées du secteur financier transfrontalier», à compter de 2026. Une liste d'établissements à l’égard desquels l’AMLA serait en mesure d’adopter des «mesures contraignantes», telles que des sanctions pouvant aller jusqu'à 10 millions d’euros ou 10% du chiffre d’affaires.
Le texte prévoit que cette liste d’entités soit établie «sur la base de critères objectifs» puis mise à jour tous les trois ans. «Les entités en question devront avoir été classées dans la catégorie de risque la plus élevée par les autorités de surveillance nationale d’un certain nombre d’Etats membres, sur la base d’une méthodologie harmonisée d'évaluation des risques», indique ainsi Bruxelles. Dans le détail, les établissements de crédit établis dans au moins sept Etats membres - y compris via des filiales ou succursales - et les autres institutions financières opérant dans au moins dix Etats membres sont susceptibles d’y être inscrits.
Procédure d’urgence
Concernant les entités obligées ne figurant pas sur cette liste et celles du secteur non financier, les compétences de la nouvelle autorité devraient se limiter à des «pouvoirs de surveillance indirecte». Ses principales fonctions seraient ainsi d'émettre des recommandations, de superviser les autorités nationales de surveillance, et, en particulier, d’assurer une meilleure coordination entre celles-ci.
Le projet législatif prévoit toutefois une procédure exceptionnelle par laquelle l’AMLA pourrait, «dans des circonstances urgentes», « prendre le relais des autorités nationales de surveillance pour la supervision de toute entité obligée du secteur financier (...) s’il existe des indications que des infractions aux règles européennes (...) ne sont pas traitées de manière efficace et adéquate par une autorité de surveillance». Les modalités de cette procédure sur laquelle Bruxelles propose d’avoir la main, feront, comme le reste du paquet législatif, l’objet de négociations entre les colégislateurs de l’UE.
L’exécutif européen entend enfin faire de la future agence un «hub de soutien et de coordination» pour les cellules nationales de renseignement financier, leur prêtant notamment main forte dans «l’analyse conjointe des activités suspectes ayant une dimension transfrontière importante». Le personnel de l’AMLA devrait compter 250 personnes. L’identité de son président devrait être proposée par les Etats membres au Parlement européen.
Corpus réglementaire européen unique
Comme annoncé dans son plan d’action de mai 2020, la CE proposera par ailleurs la création d’un «corpus réglementaire européen unique» qui devrait prendre la forme d’un projet de règlement reprenant les éléments des 4e et 5e directives antiblanchiment. Cette initiative vise à garantir une mise en œuvre harmonisée de ces règles, que les Etats membres ont eu tendance à transposer lentement et de manière hétérogène à travers l’UE. Bruxelles a ainsi lancé des procédures d’infraction à l’encontre de huit pays coupables de n’avoir toujours pas transposé la 5e directive.
Plus d'articles du même thème
-
Les agences changent leurs notations sur les titrisations de prêts à effet de levier
Fitch et Moody’s ont modifié cet été leurs grilles d’évaluation pour relever la notation de centaines de tranches de titrisations adossées à des prêts à effet de levier («leveraged loans») plutôt risqués. Cette démarche ravive la crainte de voir le crédit structuré présenté comme plus sûr qu’il ne l’est réellement. Comme avant 2007. -
CNP Assurances souffle les contrats emprunteurs de Tégo à Allianz et AGPM Klésia
Après avoir mené une consultation de marché tambour battant, Tégo, l’association souscriptrice des contrats d’assurance du secteur défense et sécurité, confirme en assemblée générale la résiliation de ses contrats emprunteur jusque-là gérés par Allianz et AGPM Klésia au profit de CNP Assurances. Et cela ne pourrait être que le début. -
Les filles de Pierre Bellon se succèdent à la présidence de Sodexo
En poste pendant près de 11 ans, et PDG presque quatre ans, Sophie Bellon passe les rênes du conseil d’administration du groupe de restauration à sa sœur Nathalie Bellon-Szabo. -
La France empruntera un record de 340 milliards d’euros en 2027
L’Agence France Trésor justifie ce montant inattendu par la hausse des remboursements à échéance. Il est à comparer aux 310 milliards d’euros qui devraient être empruntés en 2026. En net, le marché devrait absorber plus de 150 milliards. -
La Chine se résout à stimuler sa croissance domestique
Le ralentissement économique conjugué à la faiblesse persistante de la demande intérieure a conduit les autorités chinoises à annoncer un plan de relance incluant des prêts subventionnés aux entreprises et aux ménages. La Banque Populaire de Chine a également baissé ses taux d’emprunt garantis. -
Julius Baer obtient du régulateur helvète un assouplissement des mesures d’encadrement
La décision fait suite aux progrès réalisés par la banque privée suisse en matière de mise en conformité.
ETF à la Une
Les secrets de la performance record d'un ETF sur le fret maritime
- Le collège de l'AMF requiert une lourde sanction contre Auris Gestion et ses deux dirigeants
- L'AMF dresse un premier bilan sur les incidents majeurs Dora des sociétés de gestion
- Le Crédit Agricole lance avec Amundi son offensive dans le capital naturel
- Les fonds confessionnels ont le vent en poupe
- Les hedge funds réduisent leurs arbitrages sur les taux américains
Contenu de nos partenaires
-
EmballementComplot terroriste ou simple vol de carburant : que s'est-il passé dans cette base militaire anglaise ?
Après l’arrestation de cinq hommes soupçonnés de terrorisme aux abords de la base de Fairford, un site militaire utilisé par l’armée américaine, leur libération rapide interroge la gravité réelle de la menace. -
Retour de flamme« Il sait très bien ce qu’il fait » : le tacle calculé de Patrick Martin contre la CFDT et la CGT
En riposte aux critiques de Marylise Léon et Sophie Binet sur ses liens supposés avec l'extrême droite, le président du Medef accuse les centrales de « se politiser à outrance » -
Fil rougeLes candidats à la présidentielle promettent de ne pas toucher à l'épargne pour combler la dette
L'Afer, la plus importante des associations d'épargnants, a soumis trois questions phares, mardi soir, à sept candidats à la présidentielle