Bruxelles surestime le rendement de la TTF
Bruxelles se trompe lourdement sur le rendement de son projet de taxe sur les transactions financières. C’est ce que l’on peut déduire d’un rapport de PwC publié hier et qui agrège l’ensemble de la littérature économique produite sur le sujet. Si sa tonalité générale et ses arguments hostiles à la taxe ne révèlent pas de surprise – le document a été commandité par 27 lobbies ou institutions financières, dont Paris Europlace –, son intérêt est de tirer les leçons des diverses TTF déjà en œuvre dans certains pays.
Volumes en baisse sur les marchés, recettes fiscales décevantes et effet négatif sur la richesse nationale ont été monnaie courante dans ces juridictions, qui ont souvent opté pour un simple impôt de Bourse. «Ces TTF ont un champ plus limité que la proposition européenne à onze Etats membres», nuance d’ailleurs le rapport.
En France, la taxe introduite en août 2012 n’a clairement pas eu le rendement attendu, avec 700 millions de recettes budgétées en 2014, au lieu des 1,5 milliard d’euros espérés à l’origine. PwC se montre moins catégorique au sujet de son impact sur la volatilité des prix et les volumes traités. Selon une étude du CEPII, le turnover quotidien sur les valeurs françaises frappées par la taxe a cependant baissé de 30% pour les sociétés du Next 150, contre -20% pour les petites capitalisations qui y échappaient et -10% pour les valeurs étrangères.
En Italie, une TTF comparable à celle de la France mais avec un champ élargi au trading haute fréquence a été introduite en mars 2013. Il est encore trop tôt pour en connaître les recettes, avec un premier paiement le 16 octobre, tandis que la forte baisse des volumes entre janvier et avril (-16%) a coïncidé avec l’instabilité politique du pays. La Hongrie, pour sa part, a créé une TTF exceptionnelle cette année, mais qui n’a rapporté que 39 milliards de forints sur le premier quadrimestre au lieu des 82 milliards attendus par le gouvernement.
PwC revient aussi sur les exemples de taxes plus anciennes. Et notamment sur le fiasco suédois. La Suède a appliqué de 1984 à 1991 une taxe très large qui touchait aussi l’obligataire, comme le projet de la Commission. Cette TTF a tué le marché suédois des options, envoyé la moitié du trading actions à Londres, entraîné un plongeon de 85% des volumes sur l’obligataire, et rapporté 3% des recettes escomptées. Un contre-exemple à méditer du côté de Bruxelles.
Plus d'articles du même thème
-
L’Af2i a remis ses prix académiques pour des recherches publiées en 2025
La commission Recherche de l’Association française des investisseurs institutionnels a distingué trois chercheurs pour des travaux qui portent cette année sur des sujets de durabilité. -
Mubadala rassure les gestionnaires d’actifs américains
Mubadala, le fonds souverain d’Abou Dabi, a réaffirmé son engagement à investir aux États-Unis à l’occasion d’une conférence mondiale organisée par le Milken Institute. -
LD Pensions recherche un gérant actions européennes
Le danois LD Pensions a lancé un appel d’offres pour la gestion de ses investissements en actions européennes. -
La France creuse le sillon de la souveraineté dans les terres rares
Bâtir une société électrifiée nécessite un approvisionnement massif et sécurisé en terres rares et minéraux critiques. Le gouvernement a décidé de soutenir financièrement la production de ces matières premières, notamment en France, et d’assurer les débouchés de la filière auprès des secteurs qui les consomment. -
Les dettes subordonnées bancaires affichent une résistance plus structurelle aux crises
La conjonction des facteurs fondamentaux, liés à la solidité des banques, et des facteurs techniques, liés notamment à la bonne collecte globale du crédit, donne l’impression, à l’occasion de ce choc pétrolier, que les dettes subordonnées comme les AT1 ont globalement réduit leur biais «risqué» par rapport aux autres classes d’actifs. -
Emmanuel Moulin est proposé comme nouveau gouverneur de la Banque de France
L'Elysée a proposé le nom d'Emmanuel Moulin pour prendre la suite de François Villeroy de Galhau au poste de gouverneur de la Banque de France. L'Assemblée et le Sénat devront maintenant se prononcer sur ce projet de nomination.
ETF à la Une
La collecte a repris sur le marché européen des ETF en avril
- Ofi Invest AM choisit un ex-Axa IM comme directeur des gestions
- Amundi excède nettement les attentes au premier trimestre 2026
- La gestion alternative liquide se trouve de nouveaux vecteurs de croissance
- BNP Paribas collecte 15,7 milliards d'euros dans sa gestion d'actifs au premier trimestre 2026
- Les gestionnaires d'actifs trouvent dans la clientèle retail un relais de croissance majeur
Contenu de nos partenaires
-
Le poids des motsEn s'attaquant à l'« assistanat », Marine Le Pen lisse ses divergences avec Jordan Bardella
En élargissant sa critique de « l’assistanat », marqueur longtemps verrouillé de son discours, Marine Le Pen amorce une redéfinition de son image politique à l’approche de 2027. Un ajustement qui réduit aussi le contraste grandissant avec Jordan Bardella -
Tête baissée« Projet Liberté » de Donald Trump : les risques du passage en force du détroit d'Ormuz
Les escortes américaines de navires commerciaux dans le passage stratégique pourraient bien les exposer encore plus aux tirs des Iraniens -
RadioscopieAudiovisuel public : mauvais rapport, bonnes questions
Aussi contestée soit-elle, la croisade menée par le rapporteur UDR de la commission d’enquête, Charles Alloncle, aura eu un mérite : mettre fin à l’immunité dont jouissaient France Télévisions et Radio France