BNP Paribas infléchit son discours sur la Société Générale
BNP Paribas a confirmé hier ce qu’elle disait déjà en privé depuis plusieurs jours : la banque de la rue d’Antin a entamé une réflexion sur l’opportunité de lancer ou non une offre sur la Société Générale. Un changement de discours pour l’établissement, dont le directeur général Baudouin Prot avait répété ces derniers mois encore qu’une fusion avec la vieille rivale n’avait aucun sens. Mais la tempête qu’essuie la Société Générale offre une fenêtre de tir inespérée à BNP Paribas et à son président, Michel Pébereau, qui avait échoué dans son OPA hostile en 1999.
Les réticences de la banque, comme de certains analystes, tenaient jusqu’à présent au risque d’exécution d’un mariage dans la banque de financement et d’investissement (BFI) : BNP Paribas craignait des destructions de valeur dans les dérivés actions, où les deux groupes sont leaders mondiaux, et des pertes de clients communs chez les entreprises françaises. Mais «le monde a changé. Il est normal de regarder si la fusion des BFI est plus ou moins surmontable qu’il y a un an », explique-t-on rue d’Antin. Si la valeur relative de ces activités est appelée à diminuer en 2008, les effets de la crise de crédit, notamment à la Société Générale, sont loin d’être connus. Rien ne presse, donc.
En revanche, dans la banque de détail en France, le nouveau groupe afficherait 5.000 agences, 20 % des crédits et 14 % des dépôts, et pourrait, selon les observateurs, gérer des suppressions de postes grâce aux départs en retraite. « Il n’y a pas de risque de redondance des agences. Aujourd’hui toutes les banques en ouvrent, et l’expérience montre qu’un même groupe peut avoir deux enseignes avec des usines communes », estime un proche du dossier. A l’étranger, les réseaux de la Société Générale en Europe de l’Est complèteraient celui de la BNL en Italie.
BNP Paribas n’a pas encore mandaté ses conseils habituels, Lehman Brothers, Goldman Sachs et Lazard, mais les équipes du groupe et les banquiers d’affaires phosphorent. Les circonstances sont favorables, la banque pesant 60 milliards d’euros en Bourse contre 38 milliards pour la Société Générale. Mais cette dernière n’est pas contrainte de s’adosser. Et même si le gouvernement pousse en faveur d’un deal franco-français, d’autres groupes, tels Santander, ont assez bien traversé la crise pour s’intéresser au dossier.
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