Berlin reprend la main sur la taxe financière
Berlin a tranché. La taxe sur les transactions financières ne sera pas tout à fait celle qu’avait proposée la Commission européenne et que Paris aurait aimé concrétiser rapidement. Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble (photo) a estimé qu’il fallait «essayer autre chose» et entreprendra ses vingt-six homologues sur ce sujet dès vendredi à Copenhague. Il souhaite combiner plusieurs éléments : fiscaux et réglementaires pour satisfaire à la fois des objectifs financiers et prudentiels. A Bruxelles, on assure que le projet n’est pas enterré.
Ces déclarations marquent un revirement. Le 7 février, Wolfgang Schäuble cosignait avec huit autres ministres européens une lettre à Margrethe Vestager, la présidente du conseil Ecofin, dans laquelle il demandait au contraire l’accélération des discussions de façon à terminer «une lecture complète de la directive» d’ici la fin de la présidence danoise le 30 juin. C’est donc à tout le moins un changement de stratégie motivé, dit-on à Berlin, par la peur de l’enlisement. Le dernier débat entre ministres le 13 mars avait révélé de fortes résistances, certains pays refusant le principe d’une taxe à géométrie réduite.
«Nous n’y arriverons pas, même seulement dans la zone euro... Donc en conséquence, nous allons essayer autre chose», a conclu mardi à Berlin Wolfgang Schäuble . Peu après, le président de l’eurogroupe Jean-Claude Juncker abondait dans son sens : «je propose de garder le même objectif mais de chercher un autre instrument».
Le ministre fédéral des Finances compte présenter ses propositions à ses homologues vendredi à Copenhague où se tient un conseil informel sous l'égide de la présidence danoise. Son «papier» n’est toujours pas parvenu à la Commission européenne, ni semble-t-il encore, à Bercy. Berlin veut repartir des deux objectifs originaux : créer un nouveau flux de recettes fiscales et «obtenir la décélération des marchés financiers» dans certains domaines et pour certaines pratiques, note une source à Berlin.
Pour cela, plusieurs instruments pourraient être nécessaires, comme par exemple une réglementation ad hoc pour le trading à haute fréquence, alors que la taxe sur les transactions serait ramenée à un périmètre plus limitée. Finalement, la stamp duty mise en place par Paris pourrait préfigurer plus qu’on n’aurait pu le penser une éventuelle taxe européenne.
A la Commission européenne, on relativise la portée de la volte-face allemande. «Nous n’avons pas l’impression que leur proposition soit incompatible avec celle que la Commission a mise sur la table» en septembre 2011, indiquait mardi à L’Agefi une source européenne haut placée. On insiste sur la possibilité de moduler à la fois la base de l’impôt et sa localisation. Dans le cas où la taxe aurait été mise en place en zone euro, une grande partie des profits de la taxe seraient venus de transactions réalisées à Londres... mais perçues par les fiscs du Continent.
Une question centrale, à laquelle le ministre allemand ne semble pas prêt à renoncer, reste : comment capter les contrats dérivés? Pour cela, le principe de lieu de résidence des parties à la transaction (par opposition au lieu d'émission du titre) posé par Bruxelles est précieux puisque c’est le seul qui permet de contenir la délocalisation.
Plus d'articles du même thème
-
L’Af2i a remis ses prix académiques pour des recherches publiées en 2025
La commission Recherche de l’Association française des investisseurs institutionnels a distingué trois chercheurs pour des travaux qui portent cette année sur des sujets de durabilité. -
Mubadala rassure les gestionnaires d’actifs américains
Mubadala, le fonds souverain d’Abou Dabi, a réaffirmé son engagement à investir aux États-Unis à l’occasion d’une conférence mondiale organisée par le Milken Institute. -
LD Pensions recherche un gérant actions européennes
Le danois LD Pensions a lancé un appel d’offres pour la gestion de ses investissements en actions européennes. -
La France creuse le sillon de la souveraineté dans les terres rares
Bâtir une société électrifiée nécessite un approvisionnement massif et sécurisé en terres rares et minéraux critiques. Le gouvernement a décidé de soutenir financièrement la production de ces matières premières, notamment en France, et d’assurer les débouchés de la filière auprès des secteurs qui les consomment. -
Les dettes subordonnées bancaires affichent une résistance plus structurelle aux crises
La conjonction des facteurs fondamentaux, liés à la solidité des banques, et des facteurs techniques, liés notamment à la bonne collecte globale du crédit, donne l’impression, à l’occasion de ce choc pétrolier, que les dettes subordonnées comme les AT1 ont globalement réduit leur biais «risqué» par rapport aux autres classes d’actifs. -
Emmanuel Moulin est proposé comme nouveau gouverneur de la Banque de France
L'Elysée a proposé le nom d'Emmanuel Moulin pour prendre la suite de François Villeroy de Galhau au poste de gouverneur de la Banque de France. L'Assemblée et le Sénat devront maintenant se prononcer sur ce projet de nomination.
ETF à la Une
La collecte a repris sur le marché européen des ETF en avril
- Ofi Invest AM choisit un ex-Axa IM comme directeur des gestions
- Amundi excède nettement les attentes au premier trimestre 2026
- La gestion alternative liquide se trouve de nouveaux vecteurs de croissance
- BNP Paribas collecte 15,7 milliards d'euros dans sa gestion d'actifs au premier trimestre 2026
- Les gestionnaires d'actifs trouvent dans la clientèle retail un relais de croissance majeur
Contenu de nos partenaires
-
Le poids des motsEn s'attaquant à l'« assistanat », Marine Le Pen lisse ses divergences avec Jordan Bardella
En élargissant sa critique de « l’assistanat », marqueur longtemps verrouillé de son discours, Marine Le Pen amorce une redéfinition de son image politique à l’approche de 2027. Un ajustement qui réduit aussi le contraste grandissant avec Jordan Bardella -
Tête baissée« Projet Liberté » de Donald Trump : les risques du passage en force du détroit d'Ormuz
Les escortes américaines de navires commerciaux dans le passage stratégique pourraient bien les exposer encore plus aux tirs des Iraniens -
RadioscopieAudiovisuel public : mauvais rapport, bonnes questions
Aussi contestée soit-elle, la croisade menée par le rapporteur UDR de la commission d’enquête, Charles Alloncle, aura eu un mérite : mettre fin à l’immunité dont jouissaient France Télévisions et Radio France