Benoît Cœuré préconise des garanties publiques pour soutenir le marché de la titrisation

Le banquier central estime que ce serait le seul moyen d’avoir en Europe un marché aussi liquide que celui des RMBS aux Etats-Unis
Solenn Poullennec

Les Etats européens devraient être prêts à garantir des opérations de titrisation s’ils souhaitent que le marché européen des titres adossés à des actifs (asset-backed securities ou ABS) devienne aussi important que le marché américain des titrisations de crédits immobiliers, a déclaré le membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), Benoît Cœuré.

Ces propos tenus dans le cadre d’un entretien au magazine Risk, interviennent alors que la relance du marché européen de la titrisation, qui tourne aujourd’hui au ralenti, est vue par la BCE comme un moyen de soutenir le financement des entreprises et d’accompagner la fragile reprise économique en zone euro.

«L’Europe fait face à un choix vraiment fondamental si elle veut se diriger vers un marché des ABS qui soit aussi profond et liquide que celui des Etats-Unis (…). Pour atteindre ce but, le marché de la titrisation a besoin d’un parrainage public significativement différent de ce qui existe aujourd’hui», argumente l’ancien directeur général adjoint du Trésor français. Même s’il existe déjà des soutiens publics à la titrisation en Allemagne, en Espagne, de la part de la Banque européenne d’investissement ou du Fonds européen d’investissement, ils restent limités selon lui.

«Près de 90% du marché américain [de la titrisation] est parrainé ou dispose d’un rehaussement de crédit d’entités publiques, alors qu’en Europe, c’est un élément marginal. Le marché américain des RMBS [titrisations de crédits immobiliers résidentiels, ndlr] est essentiellement un marché public, alors que le marché européen des ABS est essentiellement un marché privé», insiste Benoît Cœuré. ll appartient à chaque Etat ou à l’Union européenne de décider de soutenir davantage la titrisation, prévient-il, car la banque centrale ne peut certainement pas prendre ce type de décision à la place des Etats.

Le banquier central estime tout de même qu’il y a d’autres moyens de soutenir le marché, bien que moins efficacement. La BCE réfléchit à l’opportunité de lancer un programme d’achat d’ABS. Elle vient de mandater Blackrock Solutions pour la conseiller à ce sujet. «Il y a encore beaucoup d’obstacles techniques à lever avant que la BCE ne puisse lancer un programme d’achat d’ABS», estime la recherche de RBS qui n’envisage pas de concrétisation avant le mois de décembre 2014 ou le premier trimestre 2015. La BCE plaide par ailleurs avec la banque d’Angleterre pour un assouplissement de la régulation en faveur des titrisations de bonne qualité.

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