L’attentisme de la Banque centrale européenne (BCE), comparé à l’activisme baissier de la Fed, a un coût : l’appréciation de l’euro. La monnaie commune a gagné 10 % contre le dollar américain depuis l’éclatement de la crise financière et la première baisse des taux américains. Elle s’échange aujourd’hui contre 1,50 dollar, une cote jamais égalée auparavant. Le bénéfice de cette politique surpasse-t-il ses coûts ?
Du côté des coûts, l’appréciation de l’euro pèse d’abord sur la valorisation des actifs libellés en dollars que les Européens détiennent. Ce portefeuille est de 1.450 milliards pour les seuls titres américains. La dépréciation du dollar depuis août dernier représente donc une perte, non réalisée, de 145 milliards d’euros, soit 1,6 point de PIB. C’est une fois et demie plus important que la perte imputable à la baisse des actions et l’écartement des spreads de crédit américains sur ce portefeuille (46 % d’actions, 45 % d’obligations et 9 % de monétaire). Bien évidemment, l’appréciation de l’euro pèse aussi sur les exportations. A court terme, une hausse de 1 % du dollar équivaut à une hausse de 0,6 % du taux de change effectif réel, laquelle freine les exportations totales de 0,3 %. La dépréciation du billet vert depuis six mois a donc coûté 1,8 point d’exportations, soit, en tenant compte des réexports, 0,5 point de PIB. La perte économique est réalisée.
Du côté des bénéfices, l’appréciation de l’euro diminue la facture des matières premières importées. Dans un modèle complet, on estime qu’une hausse de 10 % de la devise européenne contre le dollar économise 0,1 point d’inflation sur une hausse de 10 % du prix des matières premières, énergétiques et autres. Depuis août dernier, le prix du baril de Brent a augmenté de 40 % et le panier des matières premières hors énergie de 15 %. La facture totale est d’un demi-point d’inflation au lieu de 1,3 point dans le cas où l’euro ne s’était pas apprécié. Le bénéfice réalisé, mesuré par la consommation nette des imports, est de 0,4 point de PIB.
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