Bank of America prend le risque de devenir premier prêteur immobilier aux Etats-Unis
La banque rachète Countrywide pour un montant de 4 milliards de dollars, auquel s’ajoute une charge de restructuration de 1,2 milliard
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Annelot Huijgen
« Pour nous, Countrywide est une opportunité unique », a affirmé Kenneth Lewis, PDG de Bank of America (BoA) vendredi, confirmant les rumeurs d’une reprise du spécialiste du crédit immobilier. Moyennant 4 milliards de dollars en titres – pour une société qui en valait 26 milliards à son heure de gloire – la banque se hisse au rang de premier prêteur américain, confirmant sa « position de première banque commerciale » dans son marché domestique, où elle réalise 85 % de ses revenus. Si l’opération aboutit, elle récupèrera un portefeuille de 1.500 milliards de dollars, ainsi que les 9 millions de clients de Countrywide auxquels ont été accordés en 2007 quelque 408 milliards de dollars de crédit. Cette dernière évitera ainsi une faillite qui semblait de plus en plus inéluctable, mais qui aurait surtout coûté à Bank of America les deux milliards de dollars qu’elle avait investis dans le groupe de crédit le 22 août dernier. Une participation qui avait perdu plus de la moitié de sa valeur depuis lors.
« Dans quelque temps, (l’immobilier) sera un secteur clé de croissance pour Bank of America », assure Kenneth Lewis, ajoutant que l’opération, entièrement payable en actions, devra être bouclée au troisième trimestre 2008. Si l’opération signifie immédiatement une charge de restructuration de 1,2 milliard de dollars – soit la perte du seul troisième trimestre de Countrywide –, les synergies devraient s’élever à 1 milliard de dollars, avant impôts, dont un dixième devrait être réalisé avant la fin de l’année, un tiers en 2009 et la totalité à l’horizon 2011. BoA s’attend par ailleurs à devoir lever quelques milliards de dollars de capitaux frais pour préserver ses ratios de capitalisation.
Reste néanmoins à savoir si les gains que compte tirer Bank of America de l’opération seront plus importantes que les pertes qu’elle risque d’encaisser dans les mois qui suivent. Le PDG a reconnu voir des « difficultés à court terme » dans le crédit immobilier, expliquant que les volumes d’activité devraient encore baisser dans un contexte de « faiblesse continue de l’immobilier durant tout l’année 2008 ». Si Bank of America ne distribue plus de prêts subprime depuis 2001, Countrywide n’a arrêté cette activité que récemment : le nouvel ensemble n’en distribuera aucun, assure Bank of America. Signe de défiance, les CDS de BoA, mesure du risque de crédit, ont bondi de 12 pb vendredi à 92 pb.
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