Le coronavirus joue aussi sur la gouvernance des entreprises
Avec le probable passage en phase 3 de l’épidémie de coronavirus dans les prochains jours, les sociétés cotées pourront-elles tenir leur assemblée générale ? Celle-ci doit se tenir dans les six mois suivant la clôture des comptes, soit avant le 30 juin pour la plupart des sociétés. L’AMF s’empare de la question. Elle rappelle aux actionnaires qu’il leur est possible de voter aux AG sans y être physiquement présent et qu’ils peuvent déposer des questions écrites. Aussi, pour encourager le vote à distance, le régulateur recommande aux émetteurs cotés de «retransmettre en direct» leur assemblée sur leur site Internet.
Pour les sociétés les plus prévoyantes, «leurs statuts peuvent prévoir que les actionnaires participent à l’assemblée générale par visioconférence ou par des moyens de télécommunication permettant leur identification (art. L. 225-107 du code de commerce), rappelle Jean-Marc Franceschi, avocat associé chez Hogan Lovells. La crise sanitaire actuelle pourrait inciter les sociétés à utiliser davantage ce dispositif.»
Voter autrement
Quoi qu’il en soit, les actionnaires peuvent toujours voter par correspondance, donner leur procuration à un autre actionnaire ou au président de la société, ou encore utiliser le vote électronique s’il est proposé par l’émetteur. Aussi, «nous invitons les sociétés à rappeler dans l’avis de réunion – publié 35 jours avant l’AG – et/ou dans l’avis de convocation – publié 15 jours avant l’assemblée – les possibilités de voter autrement que physiquement», poursuit Jean-Marc Franceschi. Une opportunité que devrait saisir Votaccess pour convaincre les entreprises encore récalcitrantes d’avoir recours à cette plate-forme de vote électronique.
D’ailleurs, «l’épisode du coronavirus ne devrait pas vraiment poser de problème juridique pour la tenue des assemblées générales, estime Frank Martin Laprade. Quand bien même un actionnaire se verrait refuser l’accès à l’assemblée générale dans l’hypothèse d’une interdiction de réunion publique, il est peu probable que les tribunaux lui donnent raison si d’aventure il les saisissait. En revanche, ces circonstances exceptionnelles devraient inciter les entreprises à réfléchir aux moyens technologiques à mettre en œuvre pour permettre à leurs actionnaires de voter à distance.»
Les AG ne seront pas reportées
Les sociétés ne devraient pas non plus miser sur un report de l’AG, au regard du coût de l’organisation, mais surtout de la nécessité de faire valider en assemblée le versement du dividende. D’autant que la date de détachement du coupon, souvent annoncée lors des résultats, est déjà anticipée par les gestions. Un changement de calendrier pourrait peser sur le parcours boursier de la valeur.
Air Liquide, qui a réuni physiquement près de 4.000 personnes pour son AG 2019, précise à L’Agefi que le groupe prendra «toutes les mesures nécessaires pour que l’assemblée générale se déroule dans les meilleures conditions, dans le respect de la réglementation et des recommandations du gouvernement». L’assemblée générale «se tiendra car c’est obligatoire, et elle ne peut être reportée en raison de contraintes juridiques et financières, confie pour sa part Vivendi. Nous maintenons, pour le moment, notre AG physiquement le 20 avril mais, pour la sécurité sanitaire de nos actionnaires, nos salariés et nos prestataires, nous réfléchissons en parallèle aux solutions (notamment digitales) qui pourront s’offrir à nous en cas d’entrée en phase 3 ou d’aggravation de l’épidémie.»
Les réunions du conseil d’administration ou de surveillance poseront moins de problèmes, «puisque la loi n’exige plus la présence physique de ses membres, sauf pour l’arrêté des comptes annuels. Et encore, il suffit que le quorum soit réuni, soit la majorité des membres», ajoute Jean-Marc Franceschi. Ce qui ne devrait pas présenter de difficultés pour les sociétés françaises qui ont un faible taux d’internationalisation de leurs conseils, de 36% dans le CAC 40, mais de 26% dans le SBF 80 et de 14% dans les MidCaps selon le Panorama 2019 de la gouvernance d’EY, en partenariat avec Ethics & Boards et Labrador. En outre, «sauf disposition contraire des statuts, le règlement intérieur peut prévoir que sont réputés présents, pour le calcul du quorum et de la majorité, les administrateurs qui participent à la réunion par des moyens de visioconférence ou de télécommunication permettant leur identification et garantissant leur participation effective», stipule l’article L225-37 du code du commerce.
Plus d'articles du même thème
-
Heineken opte pour une direction hors-les-murs pour tonifier ses ventes
Le brasseur nomme Rafael Oliveira, en tant que nouveau PDG. Avec le choix de ce profil externe, issu du secteur du café, le néerlandais espère trouver la bonne recette de sa relance commerciale. -
Bernie Sanders veut taxer les géants de l'IA pour créer un fonds souverain de 7.000 milliards de dollars
Le sénateur indépendant du Vermont a déposé un texte de loi instaurant une taxe ponctuelle de 50 % en actions sur les grandes entreprises d'intelligence artificielle. Il deviendrait potentiellement le plus grand fonds souverain au monde. L'idée promeut un partage de la richesse alors que les éditeurs eux-mêmes anticipent des destructions d'emplois à cause de leur technologie. -
Michael O’Leary restera aux commandes de Ryanair jusqu’en 2032
Directeur général de la compagnie à bas coûts depuis 1994, l’homme d’affaires irlandais voit son mandat prorogé de quatre ans, avec un bonus potentiel d’environ 150 millions d’euros.
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- «Les anticipations de résultats sur le S&P 500 laissent entrevoir un potentiel de surprises positives»
- Première bougie pour Antonio Filosa chez Stellantis, mais l’étincelle reste à venir
- Alphabet entre dans l’indice Dow Jones, un symbole plus qu’une reconnaissance
- L’environnement de marché est moins favorable à l’or
- Maisons du Monde s’apprête à passer sous le contrôle de deux fonds britanniques
Contenu de nos partenaires
-
Canicule : Solidays annulé, la Marche des fiertés reportée sur demande du préfet de police
Face à des températures frôlant les 40 degrés à Paris ce week-end, le préfet de police Patrice Faure a contraint les organisateurs de Solidays et de la Marche des fiertés à annuler ou reporter leurs événements, sous peine d'interdiction par arrêté -
Seine colère« Emmanuel Grégoire se trouva fort dépourvu quand la canicule fut venue »
On assiste depuis une semaine à un naufrage dans les écoles parisiennes. Elles n’ont pu garder les enfants l’après-midi parce qu’il faisait 35 degrés dans les salles de classe, parfois davantage. Certes, beaucoup d’établissements scolaires en France connaissent pareille déconvenue durant cette canicule. Mais on n’imaginait pas qu’à Paris, après 25 ans de gestion socialo-écologiste, nous en serions à ce degré d’imprévoyance, d’impréparation et d’improvisation. -
Finances royales : au Royaume-Uni, Charles III mise sur la transparence et révèle un impôt record
Premier monarque britannique à dévoiler publiquement sa contribution fiscale, Charles III a révélé avoir acquitté plus de 30 millions de livres d'impôts depuis son accession au trône en septembre 2022, soit environ 35 millions d'euros