La décarbonation européenne passe par un prix minimum du CO2
La lutte contre le changement climatique doit être un impératif pour l’Union Européenne, soulignent six économistes dans une note publiée mercredi 30 août par le cercle de réflexion Terra Nova. Avec le départ des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, il est essentiel de réussir à « décarboner la production européenne d’électricité en organisant la sortie du charbon » , expliquent ces experts*.
La réforme du marché européen d’échanges de quotas (EU ETS), actuellement en discussion, « ne permettra pas d’inverser cette situation à court terme », d’après les auteurs. La note propose la mise en place d’ « un mécanisme de prix plancher qui donnerait lieu à des transferts financiers importants entre les producteurs d’électricité, les fournisseurs, les États et les consommateurs, notamment en raison de l’augmentation des prix de l’électricité sur les marchés de gros. »
Pour ces économistes, «les études fondées sur une représentation modélisée du parc électrique européen convergent sur le fait qu’un prix plancher entre 20 euros la tonne de CO2 et 30 euros la tonne de CO2 (en fonction des prix de marché de gros relatifs du gaz et charbon) permettrait de donner l’avantage aux cycles combinés à gaz, sur la plupart voire la totalité des centrales à charbon».
Selon eux, « les prix de marché qui déterminent la compétitivité relative des moyens de production d’électricité, en particulier les prix respectifs du charbon, du gaz et du Co2, n’incitent pas actuellement à recourir aux moyens de production moins émetteurs de carbone, en particulier le gaz par rapport au charbon. Conjugué à la situation de surcapacité électrique européenne, le risque est d’aboutir entre 2020 et 2030, à un système électrique conservant beaucoup de centrales à charbon alors que des centrales à gaz auront été déclassées».
La décarbonation commencerait donc avec une coopération de plusieurs états membres de l’union, à commencer par la France et l’Allemagne qui suivraient le modèle du pays d’Outre-mer.
En 2013, le Royaume-Uni a lancé un dispositif limité à la production d’électricité sous la forme d’une taxe a posteriori sur la production visant à compenser le différentiel des prix constatés sur le marché ETS européen et le planché fixé par le gouvernement. Avec un plancher fixé initialement à 30£/tCO2 à horizon 2020 et la perspective de 70£/tCO2 en 2030. Les économistes notent que « le charbon a été fortement touché par cette décision avec une forte décrue de la production de la part de prédiction à partir de gaz ayant, quant à elle, augmenté entre 2012 et 2015. Il est également notable que la part des importations a parallèlement augmenté dans le mix électrique. »
*Alain Grandjean, Sébastien Timsit, Jeannou Durtol, Antoine Guillou, Emilie Alberola, Charlotte Vailles.
Plus d'articles du même thème
-
Les entreprises au défi de l'allocation durable de leur trésorerie et épargne
Pour un dollar destiné aux énergies fossiles, seulement 42 centimes sont dirigés vers la transition énergétique, selon Impact France et Reclaim Finance. Pour eux, il faut que les entreprises sélectionnent davantage des partenaires financiers justifiant d'engagements concrets lorsqu'elles leur confient leur trésorerie ou leur épargne salariale. -
Les fonds de pension danois atteignent leurs objectifs d'investissements verts avant l'heure
L'Association danoise des assurances et des fonds de pension (F&P) vient de publier un rapport indiquant que le secteur a rempli ses engagements en matière d'investissements verts cinq ans avant l'heure. -
Carine Smith Ihenacho va quitter le fonds souverain norvégien
La responsable de la gouvernance et de la conformité, qui supervise l’investissement et l’actionnariat responsables du plus grand fonds de pension du monde, le quittera à la fin de l’année.
ETF à la Une
Pictet AM débauche un responsable ETF chez J.P. Morgan
- Banques françaises : ce que le coefficient d'exploitation ne mesure pas
- Le pétrole bondit de plus de 3% après l’attaque américaine contre l’île de Larak
- Swift accorde un répit aux banques sur les adresses structurées
- John Ternus relève le défi de s’imposer à la tête d’Apple
- Astrid Panosyan-Bouvet devient DRH d’Axa
Contenu de nos partenaires
-
Coup de chaud« On prend pas la grosse tête » : Eric Ciotti, l’allié de Marine Le Pen qui veut peser sans déloyauté
Capitalisation, économie, Ukraine… Avec sa ligne, le maire de Nice veut jouer les passeurs entre la droite et le RN. Mais comment peser dans une formation autant sous tension ? -
Corne d'abondanceEpargne : l'offensive des défenseurs du climat pour financer l'adaptation écologique
Comment financer l’adaptation au changement climatique ? La ministre de l'écologie Monique Barbut propose d'utiliser le livret A ; l'association WWF France préférerait l'assurance-vie -
Think againSi la France innovait, sa croissance doublerait
Aux Etats-Unis, l’investissement « numérique », c’est-à-dire dans la recherche dans l’intelligence artificielle, dans les data centers et dans les logiciels et ordinateurs achetés par les clients, a représenté 0,7 point de la croissance en 2025. En France, cet effet d’entraînement de l’investissement numérique n’a été que de 0,1 point selon l’Insee. La croissance française devrait se limiter à 0,7 % cette année, selon les prévisionnistes. En clair, calculez. Si la France mettait autant de capital que l’Amérique dans l’innovation, sa recherche et ses équipements, sa croissance doublerait (0,7 % + 0,7 %).