Les Spac peinent à charmer les institutionnels
Le succès fulgurant du Special purpose acquisition company (Spac) du trio Niel-Pigasse-Zouari témoigne de l’appétit de nombre d’investisseurs pour ce type d’initiative. La jauge de 250 millions d’euros avait en effet été atteinte en moins de 48 heures. Mais la réussite de cette levée ne tient pas tant à l’utilisation du Spac qu’à l’aura de ses trois promoteurs. Dans les faits, la plupart des investisseurs institutionnels rechignent encore à investir par le biais de cet outil. Une réticence soulignée par la dernière étude de Coller Capital, «Global Private Equity Barometer», qui a recueilli les stratégies d’allocation de 113 investisseurs mondiaux. Résultat : seuls 10% des «limited partners» ont témoigné avoir récemment investi par le biais de Spac et 4% ne l’ont pas fait mais anticipent de le faire.
Absence de pression
L’écrasante majorité des «zinzins» font donc preuve d’une grande prudence. La principale explication est à aller chercher du côté du ratio risque/rendement. Pour plus de sept investisseurs sur dix, celui-ci reste favorable au private equity. Ils ne sont que 4% à avoir une opinion inverse. «Les gérants de Spac sont incités par des mécanismes équivalents au carried interest mais n’ont pas à gérer les relations avec les investisseurs institutionnels, comme dans le cadre d’un fonds de private equity. En moyenne, l’absence de cette pression peut contribuer à expliquer des retours sur investissement érodés», estime François Aguerre, co-head of origination chez Coller Capital. D’ailleurs, nombre d’entre eux ne voient pas d’avenir pour les Spac. Ils sont 64% à estimer que les Spac ne sont qu’un phénomène cyclique et temporaire – une proportion qui grimpe même à près de 75% aux Etats-Unis, où les initiatives de «blank check companies» pullulent. Depuis le début de l’année, quelque 190 Spac ont permis de lever environ 66 milliards de dollars – un montant près de quatre fois supérieur à celui de 2019, année pleine.
L’afflux toujours plus important de liquidité organisé par les grandes banques centrales alimente le phénomène et rien ne laisse croire à un retournement de tendance à moyen terme. Mais les Spac représenteraient un potentiel «poil à gratter» pour certains investisseurs institutionnels. «Cette ouverture du private equity aux particuliers n’est pas forcément bien perçue par les institutionnels, qui perdent le monopole des abondements de fonds et donc des leviers de négociations avec les gérants», estime François Aguerre.
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