Domain Therapeutics lève 39 millions d’euros pour combattre le cancer
Elle pourrait faire parler d’elle. La société de biotechnologie Domain Therapeutics annonce ce mardi 10 mai la levée de 39 millions d’euros auprès de 10 fonds de private equity.
Fondée fin 2008, la biotech strasbourgeoise développe des immunothérapies, ces traitements de nouvelle génération qui aident le système immunitaire à combattre les tumeurs. Contrairement à la plupart des traitements actuels en immuno-oncologie qui ciblent les «points de contrôle» («checkpoint» en anglais) des cellules immunitaires, la technologie de Domain Therapeutics agit sur les récepteurs couplés aux protéines G (RCPG).
Un accord avec Merck
«Il existe déjà de nombreux médicaments, contre les allergies ou des antidépresseurs, qui ciblent les RCPG mais nous sommes parmi les rares sociétés à utiliser cette technologie en immuno-oncologie. Il s’agit d’une nouvelle classe de médicaments», explique Pascal Neuville, directeur général de Domain Therapeutics.
Et elle semble intéresser les grands laboratoires pharmaceutiques. Depuis une mise initiale de 2,1 millions d’euros en 2008 suivi d’un complément de 2 millions en 2012, la société n’a plus eu besoin de lever de fonds au cours des dix dernières années. Elle a su nouer des accords de collaboration avec des grands noms de l’industrie donnant lieu à des paiements réguliers en fonction de l’avancée des projets.
La biotech a ainsi signé un contrat avec Merck en 2017 prévoyant des versements d’étape, dont 70 millions d’euros ont déjà été touchés, pouvant atteindre jusqu’à 240 millions d’euros et le paiement de royalties si le candidat-médicament est commercialisé. Il est actuellement en phase I, la première partie d’un essai clinique durant laquelle le produit est testé sur un petit nombre de volontaires. Domain Therapeutics travaille aussi avec Pfizer et Boehringer Ingelheim mais aucun détail financier n’a été communiqué. Au global, ces collaborations ont permis à la société d’enregistrer un chiffre d’affaires de 10,8 millions d’euros en 2020.
Traitement prometteur
Les dirigeants veulent toutefois sortir de ce modèle reposant uniquement sur des co-développements. C’est l’objet de la levée de fonds annoncée ce mardi qui doit permettre à l’entreprise de mener seule ses propres programmes. Les 39 millions d’euros seront ainsi utilisés pour financer la phase I du candidat-médicament DT-9081 qui devrait débuter à l’automne et durer un an. En parallèle, le groupe continuera à développer deux programmes dont un particulièrement prometteur : «Les premières études précliniques portant sur notre anticorps anti-CCR8 montrent qu’il arrive à éradiquer totalement les tumeurs. Contrairement au DT-9081 qui sera utilisé en complément de traitements existants, cet anticorps pourrait être prescrit seul», s’enthousiasme Pascal Neuville.
Ces perspectives ont su convaincre les dix fonds d’investissement de miser sur le projet. Seventure Partners, qui avait participé au financement de la société en 2012, a réinjecté 3,5 millions d’euros via des obligations convertibles émises en 2019 et qui viennent d’être transformées en actions. Trois fonds «meneurs», Panacea Venture, CTI Life Sciences et 3B Future Health Fund, assument à eux seuls la moitié de la levée de fonds et deviennent les premiers actionnaires de l’entreprise avec Seventure et AIRFI, un fonds régional entré au capital au lancement de l’entreprise en 2008. Les fonds adMare BioInnovations, Schroders Capital, Omnes Capital, Turenne Capital, Theodorus et Viva BioInnovator apportent le solde.
Le management conserve 15% du capital après l’opération et l’entreprise, qui compte désormais une centaine de salariés dont 15 à Montréal, ne devrait pas avoir besoin de nouveaux financements avant 2024. La question d’une introduction en Bourse pourrait alors se poser.
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