SG Forge signe la première opération de refinancement avec un protocole DeFi

Cette opération a été effectuée avec le plus grand protocole de finance décentralisée MakerDAO. Le PDG de SG Forge Jean-Marc Stenger espère créer un précédent pour ouvrir la voie à la standardisation.
Louis Tellier
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L’expérimentation menée par SG Forge est réalisée via la blockchain publique Ethereum.  -  Crédit Fotolia.

C’est une opération qui marque une étape importante pour le rapprochement entre la finance décentralisée (DeFi) et le système financier traditionnel. La filiale du groupe Société Générale SG-Forge a annoncé mercredi avoir bouclé une opération avec le protocole DeFi MakerDAO, actuellement le plus important en termes de valeur totale bloquée qui s’établit à environ 11 milliards de dollars.

Ce protocole lancé en 2014 est principalement connu pour avoir créé le stablecoin qualifié de décentralisé le Dai, actuellement le 4e plus important du marché avec une capitalisation d’un peu moins de 6 milliards de dollars. Pour en obtenir, les investisseurs doivent déposer en garantie des cryptoactifs dans un smart contract, ces programmes informatiques paramétrables sur un réseau blockchain. Ce système permet d’obtenir une représentation stable de ses cryptoactifs sans être obligé de les vendre. C’est principalement cette caractéristique qui a contribué à la popularité du Dai au moment de sa mise en fonctionnement en 2017. Une fois les smart contracts émis, MakerDAO n’a aucun droit d’administrateur sur ces derniers et ne peut donc décider de les censurer unilatéralement, une autre caractéristique importante du Dai dont les réserves sont consultables par n’importe qui à n’importe quel moment.

Une innovation plus juridique que technologique

L’expérimentation menée par SG Forge a consisté à déposer en collatéral des jetons OFH (obligation de financement de l’habitat), représentations numériques d’obligations sécurisées garanties par des prêts immobiliers sur la blockchain publique Ethereum, dans des smart contracts pour obtenir l’équivalent de 7 millions de Dai. Ces Dai ont ensuite été convertis en dollars, ce qui a permis à la Société Générale d’obtenir un moyen de refinancement pour ses obligations, sans être obligée de les vendre de façon définitive.

«Cette opération constitue plus une innovation juridique que technologique. En la réalisant, nous voulions montrer qu’il est possible pour un acteur classique de traiter de manière sécurisée avec un protocole de finance décentralisée en maîtrisant l’ensemble des risques», explique à L’Agefi Jean-Marc Stenger, directeur général de SG Forge. Pour les protocoles DeFi comme MakerDAO, les prises de décisions reposent sur une organisation autonome décentralisée (DAO) via laquelle seuls les utilisateurs peuvent décider d’en modifier les objectifs et le fonctionnement par un vote. Cette forme d’organisation pose de nombreux défis aux régulateurs du monde entier notamment en termes de responsabilité.

La genèse de cette opération remonte à septembre 2021 lorsque SG Forge a soumis à proposition à la DAO l’introduction du jeton OFH comme nouveau collatéral possible pour générer du Dai. «Il a fallu être inventif juridiquement puisque nous entrions dans une relation contractuelle avec une entité qui n’est pas organisée sous une forme connue en droit, c’est-à-dire une société. Il existe des mécanismes en droit qui nous ont permis de réaliser ce type d’opération, mais c’est loin d’être usuel», poursuit Jean-Marc Stenger qui espère que cette première opération permettra d’ouvrir la voie vers la standardisation de ce type d’opération dont la longueur s’explique par les besoins de validation à chaque étape par la DAO.

Cas pratique de tokenisation d’actifs

Les caractéristiques technologiques de la DeFi portent la promesse de rendre moins lourdes un certain nombre d’opérations pour les institutions financières et ainsi optimiser la liquidité via la tokenisation dont l’opération entre SG Forge et MakerDAO est le parfait exemple. Lors du Deal Book Summit organisé par le New York Times début décembre, le PDG de BlackRock Larry Fink a affirmé toujours croire au potentiel des cryptos même après la débâcle FTX. «La prochaine génération du marché sera celle de la tokenisation qui va révolutionner l’investissement», avait-il expliqué au journaliste Andrew Ross Sorkin.

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