Les fintech sont confrontées à une «crise existentielle»
Le secteur des fintech est confronté à une «crise existentielle» en matière de financements, estime le cabinet McKinsey dans une étude publiée récemment. L’an dernier, 24 fintech ont atteint une valeur de plus d’un milliard de dollars portant à 58 le nombre total des licornes de la tech. La pandémie de Covid-19 devrait freiner les capacités en financement de ce secteur, estime les auteurs de l'étude.
Si depuis 2014 les investissements dans ce secteur augmentent de 25% par an, au cours du premier semestre 2020 ils ont chuté de 11% au niveau mondial et de 30% en Europe, explique l'étude, citant les chiffres de Dealroom. En juillet 2020, les investissements ont chuté de 18% au niveau mondial et de 44% en Europe par rapport à l’année précédente.
Pour le cabinet, le volet financement constitue ainsi «un défi important» pour les fintech, «dont beaucoup ne sont toujours pas rentables et ont un besoin continu de capitaux alors qu’elles achèvent leur cycle d’innovation». McKinsey évoque notamment les ambitions de ces jeunes sociétés pour devenir rentables : attirer de nouveaux clients mais également monétiser leur modèle en proposant des abonnements Premium.
Selon McKinsey, jusqu’à 5,7 milliards d’euros seraient nécessaires pour soutenir la fintech européenne jusqu’à la deuxième moitié de 2021. Le cabinet estime néanmoins qu’il est difficile de savoir d’où pourraient provenir ces fonds. De fait, en plein pic de la crise, très peu de fintech ont pu bénéficier des programmes de sauvetage des Etats, en raison de leur statut. De même, certaines aides salariales «ont des plafonds de revenus bien inférieurs aux salaires typiques des ingénieurs de fintech et d’autres talents qualifiés, qui représentent une grande partie des coûts fixes de ces entreprises», indique le rapport.
Un modèle très consommateur de cash
«Alors que la communauté du capital-risque et des investissements de croissance continuera à soutenir certaines entreprises, elles ne peuvent pas répondre à la demande globale par leurs propres moyens», estime par ailleurs le cabinet. Certains domaines d’activités seraient ainsi plus fragiles que d’autres, selon les auteurs de l’étude. Ainsi, les néobanques seraient confrontées à un «avenir inquiétant».
Selon une enquête réalisée par McKinsey en 2018, les clients des banques en ligne détiennent 1,5 produit, contre cinq du côté des banques traditionnelles. En outre, «les banques numériques dépendent des frais de transaction et des commissions pour la majeure partie de leurs revenus, et seules quelques-unes ont réussi à faire souscrire leurs clients à un abonnement ou à des frais de compte», précise le cabinet.
Par conséquent, «de nombreuses banques numériques ont un modèle commercial qui consomme beaucoup d’argent et qui nécessite un financement continu de la part des investisseurs», souligne le cabinet. Selon les auteurs de l’étude, avant la pandémie, les banques digitales perdaient entre 10 et 70 euros par clients. Dans le contexte actuel de pandémie, les pertes devraient passer à 20 à 75 euros, rendant les fintechs orientées vers l’acquisition de clients «particulièrement menacées», estime le cabinet. «Compte tenu de l’environnement de financement contractuel, de nombreuses banques numériques ne peuvent pas maintenir un modèle économique de consommation de liquidités à moyen terme», conclut le rapport.
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