La sous-traitance aux fintech se veut incontournable
Le banking-as-a-service (BaaS), qui fournit divers services bancaires à des acteurs non agréés, est en pleine mutation. En France, le marché est dominé par la fintech Treezor, fondée en 2016 par Eric Lassus et Xavier Labouret. La société acquise par la Société Générale en 2019 dispose d’un agrément d’établissement de monnaie électronique avec services de paiement délivré par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).
« Notre plate-forme doit être toujours plus fiable et innovante, pour un coût qui doit rester abordable. Il s’agit de rester ambitieux en termes de fonctionnalités tout en évitant d’être confrontés à des situations où nous perdrions en fiabilité », confie Eric Lassus, directeur général de Treezor. Selon lui, une plate-forme de BaaS est performante si elle réussit à la fois sur la partie technique, réglementaire et financière. Treezor s’est d’ailleurs rapprochée de la Société Générale pour des raisons financières. « Dès lors que vous proposez vos service à 50 fintech et entreprises, vous devez prendre en compte ce facteur. Ce qui est important pour une plate-forme, c’est de faire du volume, précise son patron. C’est pourquoi quand je vois plusieurs initiatives arriver, je m’interroge sur leur modèle financier et leur capacité à faire le volume nécessaire pour assurer la pérennité de leur activité. »
Après la Belgique, l’Italie et l’Espagne, la fintech souhaite s’installer en Allemagne, où sa concurrente SolarisBank (filiale du géant Finleap) cartonne. Celle-ci se lance d’ailleurs en France en janvier. « Cela fait suite à notre lancement en Italie fin 2019 où nous équipons la néobanque Penta. Dans ces pays, nous allons offrir des services bancaires en marque blanche et permettre l’émergence de nouvelles néobanques. SolarisBank peut créer une néobanque en trois mois », explique Nicolas Montes-Edwards, dirigeant de Finleap en France. Pour lui, le système de BaaS « se doit d’être robuste et stable. Or force est de constater que certaines néobanques, et donc leurs utilisateurs, souffrent d’une infrastructure manquant de stabilité ». Une réponse que compte apporter la banque en France, qui s’attend à des premiers clients au premier semestre.
L’émergence du crédit
D’autres acteurs espèrent tirer leur épingle du jeu cette année, dont la plate-forme Swan du start-up studio eFounders et Slimpay, qui travaillerait sur une offre. De même, Xpollens, lancée par Natixis en 2019, permettra à la française Lixo d’émettre des cartes de paiement physiques et virtuelles. Peu nombreuses jusqu’à présent, des offres de BaaS liées au crédit s’apprêtent à émerger. Après Younited Credit, Ditto, qui dispose d’une licence bancaire française, vient de lancer son service à destination des fintech s’adressant aux TPE et PME, « notre première offre est dédiée au crédit court terme 100 % digital. En 2020, nous y ajouterons d’autres types de crédit, ainsi que d’autres briques bancaires et technologiques, comme le ‘KYB as a service’ intégré dans le parcours client », explique Mung-Ki Woo, président de Ditto.
De nouveaux défis attendent les acteurs en place comme les derniers arrivés. Tout d’abord, s’il existe une dépendance du distributeur vis-à-vis du banker-as-a-service, « le distributeur pourrait un jour ou l’autre aspirer à plus d’indépendance. Par exemple, la néobanque Qonto, après plusieurs années de collaboration avec Treezor, est devenue plus autonome en obtenant son propre statut d’établissement de paiement », rappelle Angelo Caci, directeur général de Syrtals Cards. Xaalys, la néobanque pour adolescents, réfléchirait aussi à quitter Treezor. Par ailleurs, « des acteurs ‘corporate’ ou start-up peuvent construire leurs propres services financiers comme le font les acteurs bancaires traditionnels mais sans avoir à se soucier des contraintes réglementaires. Ils peuvent même créer une néobanque complète », explique Nicolas Montes-Edwards. Cette année devrait également être marquée par l’arrivée en force des GAFA, en retard sur l’aspect réglementaire et la confiance clients. Certains partenariats ont déjà été noués, notamment entre Google et Citigroup ou entre Apple et Goldman Sachs.
L’enjeu du BaaS reste la maîtrise de la relation client. « A l’avenir, les services bancaires courent le risque de se voir ‘commoditisés’ en une sorte de back-office qui serait plus ou moins visible par le grand public. Pour les banques, le risque concurrentiel n’est pas tant situé au niveau de la production, mais d’être cantonnées dans un rôle de fournisseur, pour le compte d’acteurs qui maîtriseront la relation client », rappelle Mikaël Ptachek, président de l’Observatoire de la fintech.
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