La Chine jette un froid sur les crypto-monnaies
L’absence d’encadrement et de régulation a attiré de nombreux particuliers vers les crypto-monnaies, mais face au succès de celles-ci, les autorités apparaissent de plus en plus résolues à s’attaquer au sujet. La Banque centrale de Chine (PBOC) a déclaré hier les «initial coin offerings» (ICO) illégales, ordonnant l’arrêt de toute procédure en cours et exigeant le remboursement des sommes déjà investies. Une ICO propose d’investir dans un projet, souvent une application utilisant la technologie blockchain, et d’obtenir en échange des jetons digitaux, soit des crypto-monnaies spécifiques à chaque projet. Si la première opération de ce type date de 2014, elles ont largement gagné en popularité cette année, soutenant l’appréciation des crypto-monnaies.
Des corrections importantes
L’interdiction a déclenché une forte correction des crypto-monnaies, le bitcoin cédant près de 7% à 4.318 dollars, selon le site spécialisé Coindesk, après avoir franchi ce week-end le seuil des 5.000 dollars en journée. L’ethereum, sur lequel se basent de nombreux projets d’ICO, abandonnait quant à lui plus de 18% à 286 dollars, après avoir atteint 389 dollars vendredi dernier.
«C’est plutôt en phase, mais peut-être pas de la même ampleur, avec ce que nous commençons à voir dans d’autres juridictions – tout le monde s’attend à voir plus de régulation», observe Jehan Chu, associé gérant chez Kenetic Capital, un hedge fund hongkongais. «La Chine, du fait de sa taille et de son marché très spéculatif, avait besoin de prendre une décision forte.» Un rapport de l’industrie financière chinoise faisait état au 18 juillet de 43 plates-formes proposant des ICO en Chine, ayant permis de lever 2,6 milliards de yuans (330 millions d’euros) via 65 opérations. Au niveau mondial, la société américaine Chainalysis estimait fin août que les ICO avaient permis de lever plus de 1,6 milliard de dollars depuis le début de l’année, dont 10% environ ont été détournés du fait d’opérations frauduleuses ou de cyberattaques.
La PBOC, qui a estimé que les ICO représentaient une menace pour la stabilité financière, n’est toutefois pas le premier régulateur à se pencher sur ce procédé. Fin juillet, la SEC a ainsi jugé dans un rapport que la réglementation sur les instruments financiers pouvait s’appliquer aux ICO, demandant aux émetteurs et aux plates-formes d’échange de s’enregistrer. Le phénomène reste confidentiel en France, et l’AMF, le gendarme de la Bourse, ne s’est pas encore exprimée sur la question.
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