Vivendi mise sur un jeu à plusieurs bandes avec Telecom Italia
La montée de Vivendi à hauteur de 14,9% du capital de Telecom Italia a relancé les conjectures sur la stratégie suivie par Vincent Bolloré. Pourquoi sortir des télécoms en France en vendant SFR à Numericable si c’est pour devenir l’actionnaire de référence de l’opérateur historique italien ?
Une première partie de la réponse est financière. Les 14,9% dans Telecom Italia ont été constitués en grande partie grâce à la vente de l’opérateur brésilien GVT à Telefonica. Celle-ci prévoyait 4,2 milliards d’euros en cash ainsi que des actions Telefonica Brasil (Vivo) échangées dans un second temps en titres Telecom Italia pour 8,24%. Le solde des actions Telecom Italia a été acheté sur le marché pour environ 1 milliard d’euros. Vivendi a ainsi troqué le contrôle de GVT, qui était alors valorisé plus de 10 fois son Ebitda, pour une position stratégique au capital d’un actif moins coté.
Selon les analystes de Nomura, Telecom Italia capitalise 6 fois son Ebitda 2016, contre 6,6 fois pour Deutsche Telekom, 7,8 fois pour Telefonica et une moyenne sectorielle européenne de 7,5 fois. «A court terme, l’objectif est probablement de poursuivre le redressement opérationnel de l’opérateur et d’en maximiser la valorisation», expliquent les analystes de Natixis. Sans compter que Telecom Italia recèle des valeurs cachées, comme les aime Vincent Bolloré. Le groupe italien contrôle 67% de TIM Participacões, le numéro deux brésilien des télécoms derrière Telefonica. Cette participation est valorisée 4,7 milliards d’euros, soit un cinquième de la capitalisation de Telecom Italia. Hier, dans un entretien au Corriere della Sera, Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire de Vivendi a indiqué que le groupe serait «ouvert et très flexible» au sujet de cette participation.
Enfin, la dernière partie de la réponse tient dans la position de Telecom Italia sur l'échiquier européen des télécoms. En cas de reprise de l’opérateur italien par l’un de ses homologues européens, Orange ou Telefonica, Vivendi pourrait au bout du compte détenir une participation minoritaire dans un groupe plus large, présent en Europe du Sud et en Afrique, les zones de prédilection de Bolloré. Un lien capitalistique sur lequel le groupe pourrait s’appuyer pour développer la plate-forme de distribution de ses contenus médias (Canal +, Studiocanal, Universal Music Group) et toucher plus d’abonnés.
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