Une dégradation de Lafarge amputerait de près de 4 % le bénéfice par action 2012

Le passage en catégorie spéculative coûterait 65 millions d’euros en année pleine. Des arbitrages entre lignes obligataires sont à prévoir
Alexandre Garabedian

Standard & Poor’s jette un froid. L’agence n’a pas fait mystère mercredi de son intention de dégrader d’un cran, en catégorie spéculative, la note de Lafarge, aujourd’hui à BBB-, le dernier cran de la catégorie investisseur. «Depuis plusieurs semestres, les ratios de crédit de Lafarge ne correspondent pas à la catégorie investment grade, ni à l’objectif du groupe d’un ratio de cash-flow opérationnel sur dette nette de 28% à 30%», explique S&P dans sa note.

Une dégradation renchérirait certaines lignes obligataires, protégées par des clauses d’accroissement du coupon (step up) de 125 points de base en cas de passage en catégorie high yield. Sur les 14 lignes obligataires en euros du cimentier, 6 sont dans ce cas, pour un nominal de 4,25 milliards et des échéances allant de 2014 à 2019. Une ligne de 350 millions de livres est également concernée.

Mercredi soir, lors d’un dîner avec des analystes à Londres, le cimentier français a estimé cet impact financier à 20 millions d’euros en 2011. En 2012, il grimperait à 65 millions. Et ce, sans compter le surcoût de nouvelles émissions. «Compte tenu des récents refinancements réalisés, de la trésorerie (3,3 milliards d’euros) et des lignes de liquidité (3,8 milliards) dont le groupe dispose, Lafarge pourrait ne pas faire appel au marché obligataire (y compris commercial paper) jusqu’à ce que le niveau de rating soit plus satisfaisant», tempèrent les analystes actions d’Oddo. Ceux-ci anticipent un effet négatif de 1,4% et 3,6 % respectivement sur les bénéfices par action 2011 et 2012.

Le marché de crédit, lui, a réagi à la nouvelle par une tension immédiate de 30 pb du CDS 5 ans de Lafarge, à 260 pb. «Les détenteurs d’obligations Lafarge qui n’ont pas de clauses de step up seraient bien avisés de vendre», estimaient hier les analystes de CreditSights. D’autant que les titres du cimentier paraissent aujourd’hui chers par rapport à ceux de son concurrent allemand HeidelbergCement. L’obligation Lafarge 5% 2014, sans step up, traite par exemple à 141 pb au-dessus des swaps, contre 256 pb pour l’obligation Heidelberg 7,5% 2014, rappelle CreditSights. Or, même si l’Allemand est noté trois crans en-dessous de Lafarge chez Moody’ et S&P et deux crans chez Fitch, les CDS des deux groupes sont désormais au même niveau. En septembre 2010, l’écart atteignait encore 100 pb en faveur de Lafarge.

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