Tous les créanciers pourront soumettre un plan en procédure collective
L’ordonnance portant réforme des procédures collectives, publiée vendredi au journal officiel, entrera en vigueur le 1er juillet prochain. «Cette ordonnance est assez décevante ; elle est à la fois en deçà du projet initial et très en retrait par rapport aux ambitions affichées et aux attentes des acteurs économiques», explique Arnaud Pérès, avocat associé chez Davis Polk.
L’objectif initial du texte était «de permettre aux créanciers publics de prendre le contrôle de la société en cas de défaillance, explique Lionel Spizzichino, avocat associé chez Paul Hastings. Le texte a évolué vers un renforcement global du pouvoir des créanciers, notamment pour répondre aux attentes des investisseurs étrangers».
Contrairement à l’avant-projet qui avait été rendu public, le texte final a abandonné la possibilité d’évincer l’actionnaire de contrôle en redressement judiciaire, pourtant la disposition la plus novatrice. «Un projet de loi au printemps sur la réforme des tribunaux de commerce pourrait reprendre cette mesure mais encore faut-il que d’ici là la Chancellerie trouve un mécanisme capable de résister aux fourches caudines du Conseil constitutionnel soucieux, à juste titre, de préserver le principe du droit de propriété», ajoute Lionel Spizzichino.
Aussi, «la véritable avancée réside dans l’instauration d’un régime multiplan, qui permet aux créanciers de soumettre au vote des comités un plan alternatif, concurrent de celui du débiteur », poursuit Arnaud Pérès.
Toutefois, ce texte «ne vient pas simplifier le mille-feuille procédural actuel. Le droit des entreprises en difficulté demeure un patchwork assez peu lisible, que la réforme rend encore plus complexe. Il n’y a toujours pas de principe directeur, comme une règle de priorité claire entre actionnaires et créanciers, et entre les créanciers eux-mêmes, que l’on retrouve pourtant dans la réforme de juillet 2013 sur la résolution des crises des établissements de crédit», regrette Arnaud Pérès.
De plus, «l’instauration du concept de retour à meilleure fortune, permettant après coup de modifier le plan en faveur des créanciers si la société se redresse, est une fausse bonne idée puisqu’elle contredit l’idée même d’un ‘nouveau départ’ (fresh start) pour le débiteur, estime Arnaud Pérès. A l’issue de la procédure, une fois que le plan est adopté, il ne doit plus pouvoir être remis en cause».
Plus d'articles du même thème
-
Dans la tech, la dette ne s'envole pas chez tout le monde
Alors que la course à l’intelligence artificielle fait rage, la plupart des géants de la tech empruntent comme jamais dans leur histoire pour financer des investissements mirobolants. Par choix ou grâce à leur modèle, certains se montrent toutefois moins dispendieux. -
Worldline maintient ses perspectives annuelles
Le spécialiste des paiements confirme ses perspectives annuelles après une hausse organique de l'activité. Sur l'ensemble de l'exercice, le groupe dirigé par Pierre-Antoine Vacheron prévoit de brûler 40 à 60 millions d'euros de cash. -
Les notaires élisent leur nouveau président
Pierre Jean Meyssan, notaire à Bordeaux, succède à Bertrand Savouré qui a effectué deux mandats consécutifs à partir de 2024.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Le taux souverain français dépasse 5%
- Les banques françaises restent très dépendantes de leur marché domestique
- Les autorités françaises publient leurs propositions sur le règlement européen MiCA
- La croissance d'Hermès ralentit et son titre plonge
Contenu de nos partenaires
-
MitigéFrance 2030 : trop de subventions, pas assez de stratégie d'après la Cour des comptes
Les magistrats de la rue Cambon saluent la rapidité d'exécution du plan massif d'investissement en cours de déploiement, mais soulignent aussi ses défauts stratégiques -
Mauvais endroit, mauvais momentLoi casseurs-payeurs : la fin de l'impunité ?
Responsabilité collective, sanctions sur les prestations sociales, contrôle des contenus en ligne : la loi, examinée au Sénat, promet fermeté et autorité. Mais elle bouscule aussi la liberté de manifester -
Caméléon« Emmanuel Macron est à la fois le premier sponsor des réseaux sociaux et un lanceur d’alerte »
Après les violences du 17 octobre, le président de la République relance l’idée de restreindre, voire de couper l’accès aux réseaux sociaux en cas d’émeutes. Sans aller jusqu'à parler de virage autoritaire, le député Renaissance des Côtes-d’Armor Eric Bothorel met en garde contre « une pente dangereuse ».