PSA et Fiat Chrysler privilégient une fusion à 50/50
La publication ce matin par PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) des grandes lignes de l’accord de rapprochement en cours de négociation a provoqué des réactions très diverses. L’action du constructeur français plongeait de 13% à la Bourse de Paris vers midi (après avoir gagné 4,5% hier à la clôture), tandis que celui de son homologue italo-américain a continué à progresser, s’adjugeant 9,4% (après un gain de 9,5% hier).
PSA et FCA prévoient une fusion à 50/50, signifiant que leurs actionnaires détiendront à parité le nouveau groupe de quelque 45 milliards d’euros, et qui serait le quatrième constructeur automobile mondial avec 8,7 millions de véhicules vendus par an. Mais ce sont les termes financiers de l’accord qui pèsent sur le titre du groupe français.
La capitalisation boursière de PSA s'établit à 23,3 milliards d’euros et celle de FCA à 20,2 milliards d’euros, mais l’Italo-américain pèse davantage en termes de revenus et de bénéfices. Pour égaliser les valorisations, FCA distribuerait avant l’opération à ses actionnaires un dividende exceptionnel de 5,5 milliards d’euros, ainsi que sa participation dans sa branche de robotique Comau. PSA, de son côté, distribuerait aux siens l’intégralité de sa participation de 46% dans l'équipementier automobile Faurecia. En réaction à cette possibilité, le titre de l'équipementier automobile, qui capitalisait 5,9 milliards d’euros hier, perdait 2% vers midi, après avoir chuté de 8,3% dans la matinée.
En termes de gouvernance, le président du directoire de PSA, Carlos Tavares, deviendrait directeur général du groupe fusionné et le président de FCA, John Elkann, présiderait le conseil d’administration. Tous deux siégeraient au conseil du nouveau groupe, qui serait constitué de onze membres: cinq administrateurs choisis par PSA en plus de Carlos Tavares, et cinq administrateurs désignés par Fiat Chrysler. La maison-mère serait enregistrée au Pays-Bas, ce qui n’a pas manqué d’inquiéter des syndicats de PSA, même si la plupart reconnaissent le sens stratégique de la fusion. Le nouveau groupe conserverait une triple cotation : Paris, Milan et New York.
Des synergies modestes
Les synergies planifiées s'élèveraient à près de 3,7 milliards d’euros par an, dont 80% seraient réalisées à partir de la quatrième année. Le coût de réalisation de ces synergies est estimé à 2,8 milliards d’euros. Ces synergies «découleraient principalement d’une affectation plus efficiente des investissements dans les plateformes de véhicules, les chaînes de traction, les technologies et une capacité d’achats plus importante inhérente à la nouvelle dimension du groupe», indique le communiqué. Elles «ne sont pas basées sur des fermetures d’usine», ont ajouté PSA et FCA - une promesse qui a été accueillie avec méfiance par les syndicats. Dans un communiqué, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a déclaré accueillir favorablement l’entrée en négociations des deux groupes tout en restant vigilant quant au maintien de l’emploi et de l’implantation industrielle en France. Le gouvernement italien veillera également à ce qu’il n’y ait aucune suppression d’emploi dans la péninsule, a déclaré le ministre de l’Industrie Stefano Patuanelli ce matin sur RAI3.
Le montant de synergies annoncé est inférieur aux attentes de plusieurs analystes, ce qui pourrait aussi en partie expliquer la baisse du titre PSA. Evercore ISI estimait hier les synergies brutes possibles à 7 milliards d’euros, tandis que Commerzbank imaginait des synergies de 5 milliards d’euros, proches de celles que FCA évaluait dans son projet avorté de rapprochement avec Renault.
Un accord de statu quo concernant les participations d’Exor, la holding de contrôle de FCA, de la banque publique française Bpifrance, de la famille Peugeot et du chinois DFG (ces trois derniers détenant 12,2% chacun de PSA) s’appliquerait pendant sept ans à compter de la réalisation de la fusion. Par ailleurs, «les participations d’Exor [qui détient 28,7% du capital et 42% des droits de vote de FCA], de Bpifrance Participations et de la famille Peugeot seraient soumises à une période d’incessibilité de trois ans», précise le communiqué des deux groupes. Mais «la famille Peugeot serait autorisée à augmenter sa participation de 2,5% au sein de l’entité combinée au cours des trois premières années [...] par acquisition d’actions auprès de Bpifrance Participations et DFG», explique également le document.
PSA et FCA souhaitent conclure un protocole d’accord dans les prochaines semaines.
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