
Pour séduire le marché, Carrefour tentera de «positiver» face à l’inflation

On a tous droit au meilleur ». Adoptée par Carrefour en 2018, dans la foulée de la présentation du premier plan stratégique de son PDG Alexandre Bompard, la signature publicitaire du groupe a de quoi laisser un goût amer dans la bouche des investisseurs. Depuis début 2018, l’action du distributeur accuse un repli de 2%, tandis que l’indice CAC 40 s’inscrit en hausse de 20%. « On repassera pour le ‘meilleur’ », ironise un gérant alors que l’entreprise s’apprête à dévoiler sa feuille de route pour les quatre prochaines années.
Carrefour convie la communauté financière, demain, mardi 8 novembre, à son siège social de Massy, au sud de Paris, afin de détailler sa stratégie pour atteindre une marge opérationnelle courante de 3% à long terme tout en préservant ses flux de trésorerie, résume HSBC. « Nous nous attendons à ce que les dirigeants précisent les principaux champs d’opportunités identifiés et fournissent davantage de détails en matière de calendrier » pour atteindre cette cible, appuie JPMorgan.
Cependant, avant même d'être annoncé, le Plan Carrefour 2026 est confronté au défi d’une inflation galopante. Les investisseurs sont notamment préoccupés par l'évolution du revenu disponible des consommateurs, l’augmentation des coûts des denrées alimentaires, la hausse de la masse salariale des distributeurs et les conséquences de la crise énergétique sur leur facture. En temps normal, les coûts de l’énergie représentent chaque année 1% des revenus d’un distributeur, ce qui est un niveau acceptable, mais la facture va grimper en 2023 et peser sur leur rentabilité, remarque Stifel.
Rachats d’actions et recentrage géographique au menu
Face à la montée des risques liés à l’inflation, bon nombre d’analystes considèrent que Carrefour ne dispose pas de la visibilité nécessaire pour annoncer mardi de nouveaux objectifs quantifiés de rentabilité à moyen terme. « Le marché réclame des perspectives de marge chiffrées mais le contexte inflationniste l’empêche », assure Nicolas Champ, chez Barclays. « En revanche, Carrefour pourrait continuer à guider les investisseurs quant au niveau de ses flux de trésorerie futurs », pronostique-t-il.
Fin octobre, Carrefour a confirmé anticiper un flux de trésorerie disponible net supérieur à 1 milliard d’euros cette année, ce qui porterait à plus de 6,2 milliards d’euros ses flux de trésorerie cumulés entre 2018 et 2022, hors éléments exceptionnels et activités abandonnées. « La visibilité dont dispose le distributeur sur ses flux de trésorerie devrait l’inciter à renforcer sa politique de retour aux actionnaires en procédant à de nouveaux rachats d’actions », prédit un autre analyste. Les investisseurs peuvent y croire car, en plus de la trésorerie récupérée grâce à ses performances opérationnelles, Carrefour pourrait obtenir d’importantes liquidités à redistribuer en réalisant de nouvelles cessions d’actifs. Selon Clément Genelot, analyste chez Bryan, Garnier & Co, le groupe gagnerait à se recentrer géographiquement sur quatre pays : la France, l’Espagne, la Belgique et le Brésil. La vente de toutes ses autres activités, situées en Italie, en Europe de l’Est et en Argentine, rapporterait à Carrefour un montant de 3,5 milliards d’euros en valeur d’entreprise, calcule Clément Genelot, en intégrant le produit à venir de la cession en cours de la filiale taïwanaise.
Fort d’une telle manne financière, Carrefour serait aussi en mesure de se muer en prédateur pour renforcer ses positions les plus stratégiques. « Tout le marché sait que Carrefour suit de très près l’évolution de la santé financière de son concurrent Casino, mais Alexandre Bompard n’a aucun intérêt à précipiter une offensive sur son concurrent affaibli », glisse un expert du secteur de la grande distribution.
Les hypermarchés français accumulent les pertes
En attendant, Carrefour a de quoi s’occuper dans l’Hexagone, où les performances de ses hypermarchés restent mauvaises. Selon les estimations de Bryan, Garnier & Co, les grandes surfaces françaises du groupe devraient afficher un résultat opérationnel courant négatif de 91 millions d’euros l’an prochain, malgré le travail effectué sur la surface des magasins et sur l’offre en rayons. Depuis le début de cette année, les hypermarchés français ont représenté 23% environ du chiffre d’affaires du groupe.
Pour sauver les apparences, Carrefour a bien trouvé une parade : la location-gérance. Par ce procédé, le groupe transfère l’exploitation de ses hypermarchés déficitaires à une société tierce en échange d’une redevance, pour apurer ses résultats. Le mois dernier, Alexandre Bompard a transmis au comité social et économique du distributeur une liste de 16 nouvelles grandes surfaces françaises qui passeront sous le format de la location-gérance l’année prochaine. Depuis 2018, le nombre d’hypermarchés en location-gérance ne cesse d’augmenter et atteint 170 unités à ce jour dans l’Hexagone. Mais cette stratégie a ses limites et le marché attend d’autres initiatives.
En cette fin d’année, à l’approche de l'échéance du plan de transformation exécuté depuis 2018, Carrefour peut se satisfaire d’avoir construit un nouveau modèle économique robuste. Evoluant dans des marchés matures très concurrentiels, le groupe a renforcé ses piliers structurels, grâce à d’importants investissements dans les prix, le numérique, l’assortiment en magasins et la fidélisation des clients. L’entreprise allie ainsi croissance des ventes, gains de parts de marché et gestion disciplinée du capital. A Carrefour de prouver désormais que ses bases renforcées lui permettront de répondre au défi de l’inflation et de figurer parmi les tout meilleurs dossiers d’investissement dans le secteur de la distribution en Europe.
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