Pearson vend le Financial Times au prix fort
Le meilleur moyen d’assurer la poursuite du succès journalistique et commercial du FT est qu’il fasse partie d’un groupe de médias digital et mondial, focalisé à 100% sur ces questions». C’est en ces termes que John Fallon, patron de Pearson depuis 2013, a justifié hier en interne la vente du Financial Times au groupe japonais Nikkei, alors que son prédécesseur Marjorie Scardino affirmait ne jamais vouloir céder le quotidien financier de son vivant.
En mettant 844 millions de livres (1,2 milliard d’euros) sur la table, l’acquéreur, épaulé par Rothschild, a su se montrer convaincant. La transaction, menée par Evercore, Goldman Sachs et JPMorgan pour Pearson, prouve que les actifs de presse traditionnelle recèlent une valeur insoupçonnée.
Le prix offert valorise en effet le FT à plus de 35 fois son résultat opérationnel ajusté 2014, qui a atteint 24 millions de livres, selon des données communiquées pour la première fois par Pearson. Rapporté aux 334 millions de revenus du groupe FT, où l’on trouve aussi des publications comme The Banker, le multiple dépasse 2,5 fois. Le quotidien revendique une diffusion de 737.000 exemplaires, à 70% numérique.
Le prix payé paraît d’autant plus généreux que le périmètre cédé ne comprend ni l’immeuble du FT à Londres, ni les 50% détenus dans The Economist. Ce dernier a apporté à lui seul à Pearson un résultat net annuel à fin mars de 23 millions de livres, rappellent les analystes de Nomura. Le tour de table de The Economist est complexe: il se divise en actions ordinaires et de classe A, aux mains de particuliers et notamment des salariés, en actions de classe B, détenues par le FT, et en trust shares. Les trustees, qui détiennent ces dernières, doivent approuver le transfert des actions A et B. Pearson et Nikkei n’ont pas précisé hier si la part de 50% dans l’hebdomadaire avait fait partie des négociations.
Une fois son fonds de pension renfloué à hauteur de 90 millions, Pearson disposera d’une cagnotte pour ses acquisitions. Le groupe britannique, qui a déjà vendu Mergermarket en 2013, pourra se concentrer sur le redressement de son activité d’éducation et de formation, en difficulté aux Etats-Unis. Le sujet préoccupe les investisseurs. Si les analystes et la Bourse (+2%) ont salué hier la vente à bon prix d’un actif à faible marge, seuls 8 des 26 analystes du consensus Bloomberg sont à l’achat sur Pearson. Ils en sauront davantage ce matin, à l’occasion de la publication des résultats du groupe.
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