L’industrie de la défense française retient son souffle avant le Livre blanc

Présentée cette semaine, la feuille de route risque de couper dans les commandes publiques. Elle pourrait entraîner une concentration du secteur
Olivier Pinaud
L’industrie de la défense française retient son souffle avant le Livre blanc - Photo : Fotolia  - 

En voulant fusionner l’an dernier avec BAE Systems, EADS avait une ambition: accroître son exposition internationale sur le marché militaire, notamment aux Etats-Unis et dans le Golfe. La publication cette semaine du Livre blanc français de la Défense risque de nourrir un peu plus ses regrets d’en avoir été empêché par les autorités politiques. La feuille de route pour les années à venir annonce d’importantes coupes dans le budget français des armées. Une loi de programmation militaire sera soumise aux parlementaires d’ici l'été. Le budget annuel de la défense représente environ 30 milliards d’euros, soit un peu plus de 1,5% du PIB.

La semaine dernière, les dirigeants des sept principaux groupes français de défense (Thales, Safran, Nexter, DCNS, Dassault Aviation, MBDA et EADS France) ont écrit au président de la République pour le mettre en garde contre les conséquences économiques que pourrait entraîner une baisse drastique des commandes militaires publiques. Le secteur de l’armement en France, numéro deux en Europe derrière le Royaume-Uni, représente 165.000 emplois directs et indirects et génère environ 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an. La France est le quatrième exportateur mondial d’armements.

Dassault Aviation, qui fabrique notamment le Rafale, est l’un des principaux groupes concernés par les coupes éventuelles. L’armée de l’air et la marine françaises restent pour l’instant les seuls clients de son avion de chasse, en attendant la signature définitive du contrat en cours de négociation avec l’Inde. Les commandes publiques françaises ont représenté un quart de son chiffre d’affaires 2012, soit un peu moins d’un milliard d’euros, et pèsent pour 42% dans son carnet de commandes. Egalement fortement impliqué dans le programme Rafale, Thales réalise environ 16% de ses ventes annuelles en France.

L’arrêt de certains programmes militaires pourrait relancer les projets de rapprochements ou de collaborations industriels mis en sommeil ces dernières années. Sous l’ancienne présidence de la République, une entrée de Thales au capital de Nexter avait été étudiée en échange de l’apport de sa branche de munitions. Début 2011, Safran et Thales avaient également longuement évoqué une possible alliance, avant de limiter leur accord au secteur de l’optronique.

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