L’incertitude politique aux Etats-Unis menace certains secteurs en Europe
L’issue incertaine de l’élection présidentielle aux Etats-Unis assombrit les perspectives de plusieurs secteurs d’activité en Europe. Les spécialistes des énergies renouvelables attendaient avec impatience une clarification politique qui aurait permis de garantir la pérennité de leur croissance. A cet égard Joe Biden a promis la mise en œuvre d’un plan de 2.000 milliards de dollars (1.700 milliards d’euros) consacré aux «énergies propres» afin de lutter contre le changement climatique en favorisant la sortie des énergies fossiles. La perspective d’une longue bataille juridique, voire d’une défaite du candidat démocrate, compromet désormais l’application de ce plan, ce qui a pesé hier sur le cours de Bourse du fabricant d’éoliennes Vestas. Après avoir perdu jusqu’à 12%, l’action a clôturé en baisse de 3,5% à 1.075 couronnes à Copenhague.
Cherchant à rassurer les investisseurs, sa directrice financière, Marika Fredriksson, a estimé que le groupe danois, qui présentait ses comptes trimestriels, allait «continuer à piloter son activité américaine comme il l’a fait jusqu’à présent, quel que soit le vainqueur de l’élection». Malgré le bond de 30,8% de son chiffre d’affaires à 4,8 milliards d’euros, son bénéfice net a reculé de 4,3% à 290 millions au troisième trimestre 2020. Il a remporté des commandes totalisant 14,6 milliards d’euros sur la période, soit une baisse de 11% en rythme annuel.
Vestas a confirmé sa prévision d’un chiffre d’affaires compris entre 14 et 15 milliards d’euros sur l’exercice 2020, ainsi qu’une marge d’exploitation récurrente comprise entre 5 et 7% contre 8,3% l’an dernier. Fin octobre, il a annoncé qu’il allait prendre le contrôle total de MHI Vestas, sa coentreprise à 50-50 avec le japonais Mitsubishi Heavy Industries dans l’éolien offshore, en vue de devenir un acteur majeur sur ce segment de marché d’ici à 2025. La transaction, qui devrait être bouclée avant la fin du premier trimestre 2021, sera payée en titres pour un montant équivalent à 709 millions d’euros. Selon certains analystes, même en remportant l’ensemble des nouveaux contrats dans l’éolien en mer durant les cinq prochaines années, sa part de marché mondiale restera derrière celle de son rival Siemens Gamesa Renewable Energy.
Les pétrolières européennes n’ont pas vraiment tiré profit d’une victoire possible de Donald Trump. BP a terminé la séance en baisse de 0,6%, Royal Dutch Shellest resté stable et Totala progressé de 0,5%. De leur côté, les groupes automobilesdu Vieux Continent pourraient être des victimes collatérales de l’absence d’accord sur le nouveau plan de relance de l’économie promis par chacun des deux grands partis américains, mais sur lequel aucun compromis n’a pu être trouvé jusqu’à présent. «On semble s’orienter vers une absence de majorité au Congrès avec une Chambre des représentants qui resterait démocrate et un Sénat à majorité républicaine», commente Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France, en estimant que les blocages existants pourraient persister. Le fort rebond des Bourses européennes en fin de séance, dans le sillage de Wall Street, a cependant permis à l’indice des constructeurs et équipementiers automobiles (Stoxx Europe 600 Automobiles & Parts) de se redresser en clôturant sur une hausse de 0,9%.
Pour faire face à l’incertitude, les analystes d’UBS recommandent d’investir en Europe «dans des valeurs qui semblent relativement à l’abri des thématiques de la campagne électorale américaine». Ils citent «les services de communications, les biens de consommation non cycliques et la partie du secteur technologique restée hors du viseur des autorités réglementaires».
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