Les télécoms sont particulièrement exposées au risque sur les survaleurs
La problématique cruciale des survaleurs ne cesse de mobiliser les experts. Fin janvier, CM-CIC s’était penché sur les groupes les plus en risque (lire dans «Aller plus loin»). La société AlphaValue s’est aussi livrée à l’exercice en établissant un pointage pour les quelque 350 sociétés européennes qu’elle couvre.
Premier constat frappant: si la capitalisation de ces sociétés a chuté de 37% entre 2007 et 2008, leur stock de goodwill n’a pas suivi le même chemin. Il est passé de 1.001 milliards d’euros à 1.055 milliards d’euros (voir tableau). «On grimpe même à 1.100 milliards avec les minières qui n’étaient pas présentes dans ce premier pointage», précise dans un entretien à L’Agefi Pierre-Yves Gauthier, directeur de la stratégie et fondateur d’AlphaValue.
Ainsi, alors qu’en 2007 ces survaleurs pesaient 17% des capitalisations, leur poids est passé à 28% l’an dernier. Or, pour la société d’étude, «l’effondrement des valeurs boursières et des repères de valorisation ne peut pas ne pas avoir d’impact sur les strates de survaleurs accumulées en 2005-2007».
Un calcul rapide consisterait à dire que pour ramener le ratio goodwills/ capitalisations à ses niveaux passés, il conviendrait de déprécier en moyenne les goodwills d’un peu plus de 30%. Toutefois, «il s’agirait là d’une vision simpliste, prévient Pierre-Yves Gauthier. Car les survaleurs doivent s’apprécier par rapport aux cash-flows. Or leur résistance à la crise est variable d’un secteur à l’autre et d’un groupe à l’autre».
De surcroît, le chiffre brut des survaleurs par secteur doit s’analyser selon plusieurs axes, comme le nombre de sociétés qui le supporte. Ainsi Pierre-Yves Gauthier relativise-t-il les 189,6 milliards d’euros de survaleurs dans la banque: «si l’on retire les 40 milliards de survaleurs qui concernent ABN Amro, il reste moins de 150 milliards à répartir sur 38 sociétés soit 4 milliards d’euros en moyenne». Il est même possible d’aller plus loin sachant qu’Intesa supporte 21 milliards de survaleurs, BNP Paribas 10 milliards, Santander 13 milliards et BBVA 7 milliards. Il reste alors 100 milliards à ventiler entre 34 banques.
Autre secteur dont les chiffres bruts méritent d’être nuancés: la pharmacie. Si Sanofi-Aventis porte plus de 27 milliards de survaleurs, le reste du secteur doit se répartir 30 milliards d’euros. Et, «on peut considérer que les flux de trésorerie servant à tester les valorisations sont un peu plus résistants dans la pharmacie que dans d’autres secteurs», note Pierre-Yves Gauthier.
Les télécoms suscitent en revanche plus d’inquiétudes. «Les télécoms avaient traditionnellement de grosses strates de survaleurs. Ils y ont ajouté de récentes acquisitions dans les émergents à l’image de Vodafone. Or, ici, les valorisations risquent fort de subir des ajustements», selon Pierre-Yves Gauthier.
Le secteur est en effet celui qui supporte le plus de survaleurs (220,9 milliards). Il doit en outre les répartir entre peu de sociétés (25). Le palmarès donne aussi une idée du poids des télécoms dans ce domaine. Vodafone (52,5 milliards), Telecom Italia (44 milliards) et France Télécom (31,6 milliards) occupent les trois premières places du classement européen des groupes ayant le plus de survaleurs. A elles trois, ces sociétés pèsent pour 12% des survaleurs recensées par AlphaValue. En ajoutant Deutsche Telekom (22,5 milliards), Vivendi (20,05 milliards) et Telefonica (19,75 milliards), les télécoms sont six dans le Top 10. «Dans ce secteur on pourrait avoir des dépréciations allant jusqu’à 30% pour les opérations les plus récentes, soit une dépréciation d’environ 15% pour le stock total de survaleurs du secteur», anticipe Pierre-Yves Gauthier.
L’expert reste aussi prudent sur certains dossiers dans les utilities (59,2 milliards de survaleurs dont 24 milliards pour E.ON). Soulignant la vague d’acquisition passée (notamment en Espagne), il n’exclut pas des ajustements portant sur 20% des survaleurs.
Naturellement, il ne s’agit que d’effets comptables. Mais comme le rappelait CM-CIC dans son étude, en réduisant les fonds propres ces opérations pourraient entraîner «un risque de devoir recourir à des levées de capitaux».
Sur ce point, l’étude du ratio survaleurs/ fonds propres apparaît donc déterminante. Bien que le ratio moyen soit resté stable (à 34-35% en 2007 et 2008), de très fortes disparités existent. Par exemple, les 8,9 milliards de survaleurs de BP ne s’élèvent qu’à 12 % de ses fonds propres. A l’opposé, les survaleurs de Reed Elsevier (3,9 milliards) représentent près de 5,5 fois ses fonds propres. Des groupes comme TomTom, Autogrill ou Arcandor affichent aussi des ratios spectaculaires de 287% à 449%.
Plus d'articles du même thème
-
Le Who’s Who des patrons de la Big Tech IA en France
Les start-up américaines spécialistes de l’intelligence artificielle générative ont toutes ouvert des bureaux dans l’Hexagone dirigés par des Français. Telle Open AI, qui vient de nommer Emmanuel Marill à la tête de la zone EMEA. -
Le rial iranien en perdition
Retrouvez comme chaque semaine, le coup d'oeil de DeftHedge sur le marché des changes. -
La Société Générale tient bon grâce à la banque de détail
La progression des revenus et des résultats des activités de détail en France et à l'étranger, en agence et à distance, compense largement le vif recul de certains pans de la banque de financement et d'investissement.
ETF à la Une
AllianzGI va bientôt lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- Un nouveau vent de fronde souffle sur les certificats d’investissement du Crédit Agricole
- Revolut, un modèle bancaire singulier et valorisé à prix d'or
- La banque de détail porte les résultats du Crédit Agricole au premier trimestre
- La Société Générale affiche un résultat net trimestriel de 1,7 milliard d'euros
- Le gendarme de l'assurance suspend le courtier Jacques Pilliot
Contenu de nos partenaires
-
Sur l'Iran, Donald Trump contourne le Congrès en affirmant que les hostilités sont « terminées »
Donald Trump a indiqué qu’il pouvait se passer du feu vert du Congrès pour la guerre en Iran. Normalement, au bout de soixante jours de conflit, l’exécutif américain doit obtenir une autorisation parlementaire -
Du pareil au mêmePrésidentielle : au meeting du 1er mai, Marine Le Pen et Jordan Bardella mettent en scène leur entente
Réunis pour leur dernier meeting avant la décision attendue de la cour d'appel de Paris le 7 juillet, les deux voix du RN ont mis à l'honneur les travailleurs, en veillant à gommer tout soupçon de divergences sur la ligne économique du parti -
L’Iran a transmis une nouvelle proposition de résolution du conflit aux Etats-Unis
La dernière offre de la République islamique d’Iran a été transmise jeudi soir au Pakistan, qui fait office de médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis