Les surcapacités entraînent un début de consolidation des producteurs d’engrais
Même si l’offre du canadien Potash Corp. sur K+S AG a peu de chance d’aboutir en l’état, elle a mis le feu au secteur des producteurs de potasse et de fertilisants: l’action K+S a terminé la séance de vendredi en hausse de 29,6% (à 37,7 euros), après s’être adjugé 37,7% à l’ouverture, tandis que celles d’Intrepid Potash et d’Agrium ont respectivement gagné 10,5% et 2,3% jeudi après l’annonce du projet de Potash.
K+S a annoncé jeudi après Bourse avoir reçu une offre de son concurrent, sans détailler ses termes. Le groupe ajoute que l’offre est en cours d’évaluation. Potash a également confirmé son approche, précisant qu’elle était «amicale». Selon plusieurs sources citées par Reuters et Bloomberg, Potash aurait proposé entre 40 et 41 euros par action, valorisant le capital de K+S à environ 7,75 milliards d’euros.
Ces mêmes sources estiment peu probable que K+S accepte l’offre, jugée trop faible. Ses dirigeants considèreraient que Potash sous-estime ses perspectives de croissance, notamment dans le projet Legacy dans l’Etat du Saskatchewan, au Canada. En outre, ils craindraient la fermeture de ses mines allemandes les plus onéreuses (pour réduire les surcapacités mondiales et augmenter la rentabilité de l’acquéreur) et la vente de l’activité liée au sel.
K+S est le quatrième producteur de potasse au monde derrière le consortium nord-américain Canpotex (formé par Potash, Mosaic et Agrium), le russe Uralkali et le biélorusse Belaruskali. Les surcapacités ont entraîné une chute des prix depuis deux ans, suite notamment au dénouement d’un joint-venture commercial entre Uralkali et Belaruskali, qui contrôlait environ 40% de l’approvisionnement mondial.
De l’avis de plusieurs analystes, l’acquisition de K+S permettrait en outre à Potash d’obtenir la majorité des parts dans Legacy, dont le démarrage est prévu mi-2016 et qui doit produire deux millions de tonnes à partir de la fin de 2017. Une manière de limiter son effet sur la surproduction.
Si Potash parvenait à ses fins, K+S serait la première grande firme allemande à être acquise par une entreprise étrangère depuis dix ans (le précédent date de 2005, lorsqu’Unicredit acheta HVB). Ce serait également le premier rapprochement dans ce secteur depuis l’acquisition de Silvinit par Uralkali en 2011. C’est la deuxième fois que le Canadien – qui profite du renforcement du dollar par rapport à l’euro cette année – tente de s’emparer de K+S: une première tentative en 1997 avait été bloquée par Berlin.
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