Les minoritaires de Corte Inglés s'élèvent contre l’entrée du Qatar au capital
Au Corte Inglés, la célèbre enseigne de grands magasins espagnols, rien ne va plus. L’entrée du premier investisseur étranger au capital de l’entreprise familiale, le groupe qatari Primefin, a provoqué un véritable tremblement de terre. Corporación Ceslar et Cartera Mancar, possédant chacun 10% du groupe familial, s’opposent à la vente de 10% du capital du Corte Inglés au cheik Hamad Bin Jassim Bin Jaber Al Thani pour un milliard d’euros.
Cette opération, annoncée mi-juillet, serait réalisée via l'émission d’obligations convertibles, à un taux initial de 5,75%, pour une maturité de 3 ans. Outre les intérêts versés à l’investisseur du Qatar, ce mécanisme entraînerait une perte de valeur «inacceptable pour les actionnaires», selon un communiqué des minoritaires, brisant avec la traditionnelle discrétion du groupe et de ses actionnaires.
La transaction valorise le géant espagnol de la distribution à 10 milliards d’euros au lieu de 18 milliards d’euros, selon les estimations. L’entrée du groupe Primefin, société appartenant à l’ancien premier ministre du Qatar, est vue comme une manœuvre pour mettre de côté les actionnaires traditionnels et renforcer le pouvoir de l’actuelle équipe de gestion, avec Dimas Gimena, le neveu d’Isidoro Alvarez mort en septembre dernier, comme actuel président.
Très concentrée sur le marché ibérique, l’enseigne espagnole née en 1935, est contrôlée par la famille du fondateur Ramon Aceres, dont la Fondation possède une part majoritaire de 35%. Mais frappé de plein fouet par la chute de la consommation, le groupe qui compte plus de 90.000 employés, a dû restructurer une dette de 3,5 milliards d’euros. Les actionnaires minoritaires sont persuadés qu’un nouveau financement du Corte Inglés n’est pas nécessaire et estiment que le marché obligataire serait une option plus sûre et moins coûteuse, selon leur communiqué.
Joaquin Robles, analyste financier chez XTB, estime que la vente pourrait être également «liée à une expansion internationale que le groupe n’a jamais osé faire» tout en soulignant la forte présence du riche investisseur dans la péninsule. Il possède entre autres 9,20% de la compagnie électrique Iberdrola, 13% de la société immobilière Colonial, l’hôtel de luxe W à Barcelone et sponsorise le FC Barcelone.
Mais les actionnaires du Corte Inglés ne sont pas convaincus du bien-fondé de la présence du premier investisseur étranger au sein du conseil d’administration de cette institution ibérique.
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