Les groupes européens lèvent le pied sur les rachats d’actions

Les rachats ont chuté de 67% depuis le début de l’année et les sommes engagées sont proches de leurs niveaux de 2009.
Olivier Pinaud

L’ambiance n’est plus aux rachats d’actions. En Europe tout du moins. Si les grands groupes américains continuent d’acheter leurs propres titres à un rythme proche de la moyenne de long terme selon Factset, leurs homologues du Vieux Continent ont fortement ralenti la cadence. Ajustés des émissions de nouveaux titres, les rachats d’actions ont chuté de 67% depuis le début de l’année, à moins de 10 milliards d’euros, selon les données compilées à la mi-octobre par Bloomberg. Il s’agit du plus faible total depuis 2009. Cette année-là, les émissions de nouveaux titres avaient même dépassé les montants rachetés par les entreprises.

Pourtant, la configuration actuelle du marché devrait pousser les entreprises à racheter leur propre capital. Comme le notent les analystes de Citigroup, l’écart entre le coût de la dette et le rendement des cash-flows générés par les groupes européens a rarement été aussi élevé: 7,5% de rendement des cash-flows contre un coût de la dette de moins de 3% en moyenne pour les entreprises BBB européennes non financières. Noté AA par S&P, un groupe comme Nestlé est capable d’emprunter à 10 ans à 1,75% alors que son cash-flow offre un rendement de l’ordre de 4,5%.

Selon Citigroup, sans détériorer leur bilan, c’est-à-dire en maintenant une limite d’endettement à 2 fois l’excédent brut d’exploitation, les groupes européens pourraient emprunter 560 milliards d’euros soit 10% de la capitalisation totale du marché pour les réinvestir dans des rachats d’actions.

Une ingénierie financière tentante si les résultats des entreprises étaient sans risque. Or, face à la pression sur le chiffre d’affaires et sur les marges, les dirigeants préfèrent aujourd’hui économiser leur cash. Plusieurs groupes ont récemment coupé leurs programmes de rachats d’actions pour assurer le remboursement de la dette. C’est notamment le cas de l’opérateur de télécommunications Telefonica qui a annulé cet été ses rachats d’actions.

Connu pourtant pour sa politique agressive de retour aux actionnaires, le laboratoire pharmaceutique AstraZeneca a lui aussi suspendu son programme qui prévoyait 4,5 milliards de dollars de rachats cette année. La direction nommée à la tête du groupe cet été préfère conserver intactes les ressources du laboratoire pour se donner plus de liberté dans la mise en place de sa nouvelle stratégie.

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