Les craintes économiques alimentent le protectionnisme
Le protectionnisme fait l’objet d’un bien étrange double discours de la part des pouvoirs publics. D’un côté, ces derniers assurent que la qualité et la vigueur du développement économique mondial passent par un abandon des tentations de repli sur soi. De l’autre, des actes plus pragmatiques privilégient souvent la conquête à court terme de quelques points de popularité politique.
C’est dans ce contexte que le groupe de recherche indépendant CEPR (Center for Economic and Policy Research) poursuit son travail de fourmi recensant au sein du rapport Global Trade Alert l’ensemble des mesures prises par chaque Etat. Après une modeste accalmie au second semestre 2010, le protectionnisme a de nouveau le vent en poupe et 194 nouvelles mesures ont été adoptées depuis le Sommet du G20 à Séoul en novembre dernier.
Mettre des bâtons dans les roues de la concurrence internationale serait selon Simon Evenett, professeur d’économie à l’université de Saint-Gall en Suisse et coordinateur du rapport, «l’un des rares outils à la disposition des gouvernants pour répondre aux doléances des sociétés nationales et des syndicats» à l’heure de la rigueur budgétaire.
Le CEPR reconnaît volontiers que son recensement reste partiel pour la période récente, nombre de mesures n’étant dénichées qu’avec un temps de retard. Le rapport indique que 100 à 125 mesures pourraient avoir été prises au premier trimestre 2011, contre 84 recensées aujourd’hui.
Grâce à une classification tricolore, le rapport précise le degré de nuisance des mesures, certaines étant jugées bénéfiques ou sans impact pour les intérêts du pays visé. Ces mesures «vertes» représentent ainsi plus du quart (28%) des 537 mesures prises à l’égard de la France par 63 pays, dont 66 par la Russie qui devance nettement l’Argentine (26) et la Chine (16). A l’opposé, plus de la moitié (51%) sont des décisions «rouges» effectivement mises en œuvre et ayant un effet discriminatoire quasi certain aux yeux du CEPR. A l’inverse, 51% également des 87 mesures prises par la France concernant 149 «partenaires commerciaux» (et dont 27 visent la Chine) sont classées en «zone rouge» par le rapport. Telle est la couleur associée à 52% des 1.802 mesures désormais rassemblées à fin juin dans la base de données mondiale du Global Trade Alert.
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